Théophanie – 2015 - Mt 3, 13-17

Jésus vient donc sur les bords du Jourdain pour se faire baptiser par Jean. L’homme qu’il est vient chercher de la main d’un homme cette bénédiction dont le Dieu qu’il est aussi n’a certes pas besoin. Mais c’est bien par cette démarche, par ce geste que va se produire ce que nous appelons aujourd’hui théophanie : la manifestation de Dieu parmi les hommes.
Celui dont la naissance avait été annoncée à des bergers, vers qui l’étoile avait conduit les mages va, aujourd’hui, être désigné par le Père comme son Fils bien-aimé, tandis que l’Esprit Saint reposera sur Lui.
Les deux solennités que nous célébrons durant ces jours sont ainsi intimement liées. À Noël, Jésus s’incarnait comme le plus petit d’entre nous : pauvre, persécuté, exilé. Il prenait sur Lui notre condition humaine dans ce qu’elle a de plus misérable. Aujourd’hui, en demandant le baptême de Jean, Il se fait solidaire des pécheurs. C’est pour nous, à travers Lui, qu’il demande le baptême.
Un baptême que nous avons reçu au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
Tout comme, sur les bords du Jourdain, si c’est le Fils qui descendait dans les eaux, l’Esprit était aussi présent, tout comme le Père dont on entendait la voix. Et comme le Christ a demandé à Jean de le baptiser, comme il donnera cette consigne aussi à ses disciples, c’est maintenant le prêtre qui – bien qu’homme et sans aucun doute indigne – peut baptiser et se faire ainsi l’instrument de la grâce de Dieu.
Cette fête de la Théophanie renvoie donc à notre propre baptême. Elle nous donne l’occasion, une fois de plus, de méditer sur notre propre vie spirituelle.
Dans le Jourdain, Jésus a été désigné comme le Fils de Dieu, il nous revient donc, en premier lieu, de le reconnaître comme tel. Et cela s’adresse, non plus à ceux qui étaient sur le bord du cours d’eau, mais à tout lecteur de l’Évangile et, bien sûr, à tout qui veut se dire chrétien.
Jean prêchait un baptême de repentance. C’est le même discours que Jésus va tenir lorsqu’il commencera sa vie de prédication : « Repentez-vous, car le royaume des cieux est proche ».
Le repentir, la metanoia, le changement, se changer : notre vie est comme une perpétuelle conversion. Et les fêtes que nous célébrons, que nous allons célébrer en rappellent en quelque sorte les étapes.
À Noël, nous avons accueilli dans notre cœur cet enfant qui vient de naître, en le disant Fils de Dieu. La Théophanie serait comme notre première vraie rencontre avec Lui. Ce qui pouvait être émotion ou tendresse autour de la crèche devient révélation au bord du Jourdain. C’est notre premier élan réellement conscient vers Jésus, vers le Christ. Une rencontre essentielle, un face à face qui doit changer la vie, un premier pas, donc, vers la conversion.
La Passion et Pâques marqueront une deuxième étape : nous apprendrons à quoi nous devons mourir pour pouvoir vivre de cette vie nouvelle qui nous sera donnée. Enfin, viendra la Pentecôte, l’Esprit Saint qui nous sera donné. À tous. Pas seulement aux champions de l’ascèse, aux grands spirituels. L’Esprit ne mesure pas ses dons, seulement, nous ne sommes pas tous capables ou prêts à les recevoir.
On pourrait dire : le voulons-nous vraiment ? Oui, sans doute. Mais à quel prix. Et ce prix, sommes-nous prêts à le payer ?
C’est cela, vraiment, la conversion. C’est l’affaire de toute une vie. Et les étapes dont je viens de parler, ne sont pas comme celles d’une course : il faut parfois revenir sur ce qu’on a vécu, s’imposer les mêmes moments de carême, se confier toujours dans la prière.
C’est pour cela que, d’une certaine façon, tout est toujours à recommencer. C’est pour cela qu’année après année, nous revivons les mêmes moments liturgiques, les mêmes fêtes. Parce qu’ils nous donnent toujours de nouveaux enseignements, de nouvelles expériences, mais surtout de nouvelles joies.
Sainte fête à tous.



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