Dimanche de Zachée – 2015 - Lc 19, 1-10

Curieux personnage que ce Zachée. Pourtant, l’évangéliste Luc semble lui apporter une attention toute particulière puisqu’il va jusqu’à citer son nom et raconter en détails ce qui lui est arrivé.
C’est un collecteur d’impôts, il prélève des taxes pour l’occupant romain, c’est donc ce qu’on aurait pu appeler plus tard un collabo, un collaborateur avec l’ennemi. Et de plus, ce genre de personnage profitait de sa situation pour se remplir les poches. C’était, dans leur genre, des marginaux. En tout cas, de ceux que l’on n’aimait pas beaucoup. Et en plus, il était petit.
Cependant, tout n’était pas noir et négatif chez lui, il avait ce désir – malgré tout – de chercher Dieu, un désir qui se traduisait par cette envie de voir Jésus. Mais cet escroc, mal-aimé et tout petit, pouvait difficilement se frayer un chemin dans la foule. Alors, il va prendre des risques.
Pas seulement le risque de tomber en grimpant sur son arbre, mais aussi – et peut-être d’abord – le risque de paraître ridicule aux yeux des gens qui l’entouraient. Il monte donc sur un sycomore.
Peut-être, tout simplement parce que c’était le genre d’arbre que l’on plantait au bord des routes parce qu’ils donnaient ainsi une ombre agréable. Peut-être aussi parce que le feuillage abondant devait permettre de voir sans être trop vu. Peut-être enfin, plus symboliquement, parce que le bois du sycomore servait de bois de charpente, d’où l’idée de construction  solide, non pas du point de vue matériel, mais du point de vue spirituel.
Et l’imprévisible se passe : Jésus le voit et s’invite chez lui. Zachée répond avec enthousiasme. Il organise un dîner et … on connaît la suite. Elle tient en deux mots : repentir « Si j’ai fait du tort à quelqu’un, je lui rendrai quatre fois plus »  et charité « la moitié de mes biens, je la donne aux pauvres ».
Nous, nous sommes sans doute des honnêtes gens, on nous trouve peut-être sympathiques et même ne sommes-nous pas nécessairement petits. Mais nous avons nos propres handicaps qui nous empêchent de voir Jésus : notre égoïsme, notre orgueil, nos idées préconçues, notre obstination, et tous ce qui nous enferme en nous-mêmes, ces murs que nous mettons vis-à-vis des autres …
Ce qui peut nous sauver, comme Zachée, c’est le désir de Dieu. C’est ce désir – non pas de voir Jésus – mais de le rencontrer, de vivre en Lui. Ce désir qui, seul, peut nous amener à dépasser nos handicaps, oser prendre de la hauteur par rapport à notre propre vie, comme Zachée a pris de la hauteur par rapport à une foule qui lui était peut-être hostile.
Mais, comme lui, nous avons besoin du regard de Jésus. Qu’Il s’arrête, nous interpelle, nous invite ou s’invite chez nous. Certes, ce n’est plus sur les bords d’un chemin de Galilée et nous n’avons pas sycomore pour nous abriter sous le feuillage, c’est dans notre existence même : une rencontre, une parole, un appel … Le Christ peut ainsi nous interpeller, nous toucher à travers des choses, parfois des petites choses de la vie, et surtout à travers les autres.
Nous avons besoin du regard de Jésus, mais Lui, attend notre réponse. Allons-nous lui dire : pas aujourd’hui, je n’ai pas le temps, j’ai des obligations (de travail, de famille …) ? Allons-nous lui dire : mais, je ne suis pas digne ! Quel manque de confiance ce serait ! « Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu » dit Jésus. Et c’est bien aussi de nous qu’Il parle ainsi.
Lorsque Jésus commence à prêcher, il proclame : « Repentez-vous, car le Royaume de Dieu est proche ». En accueillant Jésus chez lui, Zachée a accueilli le Royaume de Dieu. C’est cela qui a ouvert son cœur, c’est cela qui a mis en lui ces sentiments de repentance et de charité qui ont fait dire à Jésus : « aujourd’hui, le salut est entré dans cette maison ».
Puissent ces paroles, un jour, nous être adressées parce que notre désir de rencontre avec le Seigneur nous aura poussés vers Lui, malgré nos défauts, peut-être même à cause de nos défauts car dans la confiance que Lui seul peut nous guérir et la certitude qu’Il nous donne, dès maintenant, en ce moment même, lorsque nous vivons cette Divine Liturgie, de participer pleinement au Royaume de Dieu.



Site web réalisé par Arnaud Simonis