Veillée œcuménique – Waremme – 2015 - Jn 4, 5-42

Ce passage de l’Evangile évoque une rencontre, une rencontre avec Jésus. La Samaritaine, Il la laisse venir à Lui, mais d’abord, il s’était mis sur son chemin. C’est qu’il arrive – aujourd’hui encore – que Jésus aille au-devant des âmes, qu’il se mette sur notre chemin, parce qu’il sait que, livrés à nous-mêmes, nous ne saurons pas où le chercher, ni comment le chercher.

Parfois aussi, il est là, il attend. Il laisse se dérouler le cours de notre vie parce qu’il sait que notre chemin passera près de Lui.

Mais Jésus choisit le lieu. Ici, c’est le puits de Jacob. Un endroit qui est chargé de sens pour la femme de Samarie. Ainsi, Jésus, pour nouer en quelque sorte le contact avec nous, s’insère-t-il volontiers dans nos habitudes, nos coutumes, nos racines, comme s’il voulait se mettre dans quelque chose qui nous soit familier, trouver un terrain commun, un langage commun. Alors, le dialogue peut s’engager.

C’est dans un geste ô combien quotidien de la Samaritaine que Jésus va situer son enseignement : celui de venir puiser de l’eau.
Dans notre rencontre avec Jésus, il y a souvent un besoin, un élément matériel de notre vie de tous les jours qui sert de point d’accroche, de point de départ à une réflexion, à un dialogue dans lequel le matériel va conduire au spirituel.

À la Samaritaine, Jésus demande à boire. Il se met dans la situation du quémandeur. C’est la grande humilité de Dieu, celle qui ouvre le cœur, celle qui touche. Jésus demande à boire à la Samaritaine comme il a soif de notre amour.

Mais, « si tu savais de don de Dieu » … À la Samaritaine, il parle de l’eau vive, de cette eau qui est la vie, comme il répondra à cet amour que nous pourrons lui donner par un amour immensément plus grand, par un amour infini.

Mais nous, nous cherchons à apaiser notre soif d’amour dans des sensations, des émotions, des images, des idées … et nous avons toujours plus soif, jamais nous ne sommes désaltérés. Notre désir grandit en même temps que ce que nous possédons. « Celui qui boit de cette eau, dit Jésus, de cette eau du puits, de cette eau naturelle, de cette eau de la terre … Celui qui boit de cette eau  aura soif à nouveau ».

Mais celui qui boit de cette eau vive que Jésus nous offre, celui qui se place dans son amour, celui-là « n’aura plus jamais soif » et non seulement, il n’aura plus jamais soif, mais il deviendra une source pour d’autres autour de lui.

Pourtant, Jésus s’assied d’abord sur le bord du puits. Il est fatigué. C’est, précise l’évangéliste, environ la sixième heure. Midi. Il fait chaud. Tout naturellement, Jésus a soif. D’ailleurs, Jésus aura soif jusqu’à la fin, jusque sur la croix. « J’ai soif. » Saint Jean est le seul des quatre évangélistes à rapporter cette parole du Christ en croix. C’est aussi celui qui raconte l’épisode de la Samaritaine.

Sur le Golgotha,  tout ce que les hommes, ses bourreaux, offrent à Jésus, c’est du vinaigre. Le rejet est total. Mais la soif de Jésus était bien d’une autre nature que, simplement, le fait d’avoir envie de boire. Quand il demande de l’eau à la Samaritaine, certes, il lui demande de puiser de quoi s’abreuver, mais, en fait, sans doute qu’il lui demande plus que de l’eau. Et nous sommes à la sixième heure. Celle-là même où, le jour de la préparation de la Pâque, « Pilate dit aux Juifs : « Voici votre roi ! » et où « ils se mirent à crier : « A mort ! A mort ! Crucifie-le ! ».

La sixième heure. L’heure où Jésus, le Christ, s’offre en sacrifice pour le salut du monde. L’heure à laquelle il dit à la Samaritaine : j’ai soif. Au-delà de toutes les règles, au-delà de tous les interdits (les Juifs ne parlent pas aux Samaritains et on ne parle pas aux femmes) Jésus ouvre son cœur. Mais il demande aussi à cette femme un simple geste de convivialité, d’accueil. Lui donner à boire. N’est-ce pas là notre premier signe d’accueil à quelqu’un qui vient chez nous : « voulez-vous boire quelque chose ? »

En demandant à boire à la femme, Jésus lui donne l’occasion de faire un geste envers lui. C’est peut-être cela la soif de Dieu vis-à-vis de l’homme, celle qui s’exprime dans l’Apocalypse par cette phrase : « Voici, je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui et je prendrai la cène avec lui et lui avec moi ». C’est cette invitation de Dieu, cette attente de Dieu. J’ai soif.

Et que peut lui donner la Samaritaine ? De l’eau du puits. C’est important, l’eau. C’est la source de la vie. Là où il y a de l’eau, il peut y avoir la vie. Mais l’eau est comme un signe, un symbole. Ce que Jésus demande à la Samaritaine, c’est son cœur, son amour. Et c’est pour cela qu’il l’interpelle sur sa vie la plus intime : « Vas chercher ton mari ».

Mais Jésus n’attend pas la réponse de la femme. Il lui dit : « Si tu savais le don de Dieu,  si tu connaissais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : Donne-moi à boire, c’est toi qui aurais demandé et il t’aurait donné de l’eau vive. » La suite de la conversation nous montre que la femme a reconnu en Jésus au moins un prophète. Et c’est elle, alors, qui Lui demande : « Seigneur, donne-moi cette eau pour que je n’aie plus soif et que je n’aie plus à venir puiser ici ».  Que je n’aie plus à venir puiser ici, que ma vie ne dépende pas de cette eau mais de quelque chose de plus grand, de plus fort.

Que pouvons-nous offrir au Christ qui nous dit « j’ai soif », qui nous dit « je me tiens à la porte et je frappe ». Que pouvons-nous lui offrir ? L’eau de notre nature, l’accueil de notre cœur. Malgré nos fautes, nos faiblesses. « Va chercher ton mari ». Ça, c’était pour la Samaritaine, mais on trouverait aisément, dans notre vie, de quoi nous renvoyer à quelque chose qui ne tourne pas rond. Mais, comme sur la margelle du puits de Jacob, Jésus ne cesse de nous dire « si tu savais le don de Dieu ».

Nous, nous le savons. Et pourtant, comme les bourreaux au pied de la croix, nous ne cessons de lui offrir du vinaigre, alors que Lui nous donne cette eau vive, l’eau de la Vie, l’eau du baptême. Mais tout cela ne peut se découvrir, se vivre et se réaliser que dans une rencontre personnelle, comme celle de Jésus et de la Samaritaine. Une rencontre en profondeur, une rencontre qui, peut-être, va nous déstabiliser. Comme la femme qui s’en retourne à la ville en disant : « Venez donc voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. » Mais la femme qui ajoute : « Ne serait-ce pas le Christ » ?

La Samaritaine témoigne. Son âme à peine éclairée par les paroles de Jésus, la femme est comme poussée par une force nouvelle vers une sorte de ministère, d’apostolat, oui, elle devient apôtre de Jésus : elle va rapporter sa parole.

L’apostolat de la Samaritaine prend la forme d’un témoignage personnel, presque intime, donc vrai et ceux qui l’entendront seront eux aussi interpellés, intrigués. Ils vont venir voir. C’est que le témoin raconte son expérience personnelle et son témoignage a parfois plus de force que les paroles que pourrait prononcer n’importe quel prêcheur. Aussi, là où nous sommes, modestement parfois, nous revient-il de porter témoignage de la grâce que nous avons reçue : ne pas être frileux de clamer notre foi et ce qu’elle nous apporte, oser dire ce don de Dieu qui nous a été fait.

Aucune rencontre avec Jésus ne reste sans suite : il y a une guérison, il y a un don, il y a un appel et puis, il y a notre réponse, notre accueil du don et de la grâce.

En écoutant la Samaritaine, les gens de la ville vont accourir : le témoignage porte des fruits.

Jésus veut le montrer à ses disciples en désignant les champs qui sont, dit-il, prêts pour la moisson. En effet, en écoutant sa parole – non plus celle de la femme, mais celle de Jésus lui-même – des Samaritains vont se convertir et suivre Jésus. La récolte commence, mais c’est Jésus qui a été le seul semeur.

On peut croire en Jésus sur un témoignage, on peut se faire son disciple parce qu’on a entendu sa parole. Les Samaritains le disent à la femme : « Ce n’est plus sur ta parole que nous croyons maintenant, car nous l’avons entendu par nous-mêmes. »

Heureux ces Samaritains qui pouvaient entendre Jésus leur parler, en direct. Ce n’est pas à nous que ça pourrait arriver ! Non, mais il ne faut jamais oublier cette parole de Jésus : « et voici que je suis avec vous pour toujours » car Jésus ne nous a jamais abandonnés. Il est toujours là pour nous retrouver, nous rencontrer et nous guérir, ou nous éclairer comme la Samaritaine au puits de Jacob.

Notre vie est ainsi faite de rencontres successives avec le Christ et donc, heureux sommes-nous, qui pouvons dans nos expériences personnelles et dans les paroles intérieures que nous recevons, entendre ce que Jésus-Christ lui-même veut nous dire et puis, surtout, mettre cette parole en pratique.



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