Dimanche de carnaval (apokreo) – 2015 - Sainte Rencontre - Mt 25,31-46 – Lc 2, 22-40

« Un glaive te transpercera l’âme, ainsi seront dévoilés bien des cœurs ». Cette phrase de Siméon à la mère de Jésus prend aujourd’hui un sens tout particulier alors que nous célébrons le dimanche de l’apokréo, dimanche de carnaval – puisqu’il inaugure la semaine des laitages – dimanche du jugement dernier, en référence à l’évangile de saint Matthieu que nous venons d’entendre, en même temps que la Sainte Rencontre, la présentation au temple de notre Seigneur Jésus-Christ.
Dans le récit que fait saint Luc de cet épisode de la vie de Jésus, l’évangéliste rapporte en détails les paroles du vieillard. D’abord, cette affirmation : Jésus sera la lumière qui éclairera les nations, la gloire d’Israël son peuple (une référence aux prophéties d’Isaïe) mais tout de suite, il évoque aussi la face sombre de cette révélation. « Cet enfant, dit-il, sera cause de chute et de relèvement pour un grand nombre […] il deviendra un signe qui sera contesté. » Oui, quand le soleil brille, on peut ouvrir bien grand les fenêtres pour le laisser pénétrer dans la maison, on peut aussi fermer les volets parce qu’on préfère rester dans l’ombre. Tout est de savoir si on accepte ou si on refuse ce qui est proposé.
Reste cette parole, qui peut paraître énigmatique : un glaive te transpercera l’âme. Certes, quand on pense à ce qui va suivre, à la passion du Christ, à sa mort sur la croix, on peut voir – comme le fait la tradition chrétienne – une image de la profonde douleur de Marie, du tourment d’une mère devant les souffrances de son fils. Mais ici, il en est bien plus que d’un sentiment maternel : dès le début de la vie de Jésus, Siméon annonce combien Marie sera associée à la vie de son fils, jusque dans le refus qu’il devra endurer, jusqu’au don total de soi.
Marie est ainsi comme transpercée par la parole de Dieu, elle traverse toute sa vie, c’est une parole de louange, de foi mais aussi de douleur ; le dessein de Dieu englobe ainsi toute la mission de Marie, y compris les tourments.
Le glaive que prédit Siméon à Marie est comme une annonce que le salut n’est accompli que dans cette parole de Jésus : « celui qui veut me suivre, qu’il prenne sa croix ». Le cœur de Marie s'ouvre déjà à cette souffrance que Jésus lui-même a acceptée en s'incarnant.
« Tous ceux qui prendront l'épée périront par l'épée » dit Jésus à celui qui avait sorti son arme pour le défendre alors qu’on venait l’arrêter. Oui, cette épée là, comme toutes les armes, ne peut conduire qu’à la mort.
Le glaive dont parle Siméon est celui qu’évoquera saint Paul dans sa lettre aux Éphésiens : « le glaive de l'Esprit, c'est-à-dire la Parole de Dieu. »
« Vivante, en effet, est la parole de Dieu, efficace et plus incisive qu'aucun glaive à deux tranchants, elle pénètre jusqu'au point de division de l'âme et de l'esprit, […] elle peut juger les sentiments et les pensées du cœur » écrit encore l’apôtre aux Hébreux, cette fois.
« Juger les sentiments et les pensées du cœur. » C’est là que les paroles de Siméon trouvent un écho tout particulier en ce dimanche. Parce que la parole de Dieu est une parole d’amour, d’amour total, de don total. Mais un don qui peut prendre des tours oh combien familiers : « j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire, j’étais étranger et vous m’avez accueilli j’étais nu et vous m’avez vêtu, malade et vous m’avez visité, prisonnier et vous êtes venus me voir ».
La parole de Dieu est ainsi comme un glaive de justice. Qui divise parce que tous ne sont pas prêts à accepter ce qui, pour nous, est une Bonne Nouvelle. Qui sépare, non comme un juge qui emprisonne ou qui condamne, mais comme le résultat de nos propres actions, comme les conséquences de nos propres choix.
« Lorsque Joseph et Marie eurent accompli tout ce qui était conforme à la Loi du Seigneur, écrit saint Luc, ils retournèrent en Galilée, dans leur cité de Nazareth. Et l’enfant grandissait et se fortifiait en esprit. Il était rempli de sagesse et la grâce de Dieu reposait sur lui. »
Nous aussi, en sortant de ce temple, de cette église, nous allons retourner dans notre Galilée, dans ce Nazareth de notre vie de tous les jours. Et notre vie, notre vie d’enfant de Dieu, doit être de grandir sans cesse, de grandir spirituellement, de trouver la sagesse – pour autant que nous puissions en recevoir – et de vivre, pleinement, par la miséricorde du Christ dans la grâce de Dieu.



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