Dimanche du pardon – 2015 - Mt 6, 14-21

Une phrase. Dix mots en français. Dix mots en slavon. Une phrase de l’évangile de Matthieu que nous venons d’entendre résume bien le sens de l’enseignement de Jésus. Non pas ce qu’il enseigne mais comment il enseigne : « là où est votre trésor, là aussi sera votre cœur ».
C’est au cœur de l’homme, à notre cœur que Jésus s’adresse, pas à notre intelligence, moins encore à notre raison, pas à nos sentiments, moins encore à nos émotions. Il ne veut pas prouver, il veut que l’on éprouve. Que ses paroles nous touchent non pas dans la compréhension que nous avons des choses, mais dans la manière dont nous les ressentons, nous les vivons, dans l’expérience de vie qui est la nôtre.
C’est pour cela qu’il parle à notre cœur. Parce que le cœur est ce qui fait vivre l’homme : si le cœur s’arrête de battre, l’homme meurt. Parce que c’est le cœur qui exprime, qui oriente même les désirs de l’homme. Et, à travers eux, Jésus s’adresse aussi à ce qui nous est le plus important, à nos désirs fondamentaux, à nos besoins fondamentaux aussi.
Nous allons, au cours de ce Grand carême qui s’ouvre devant nous, faire une expérience : celle de la faim. Physiquement, la faim, c’est le signe que le corps a besoin de nourriture comme une chaudière peut avoir besoin de charbon ou de mazout. Mais la faim peut aussi être un appel – non plus du corps mais de l’âme – à quelque chose de plus grand. Et qu’y a-t-il de plus grand que de désirer le Royaume de Dieu. Oui, c’est bien cela, ce désir-là que Jésus veut mettre en nous.
Pour nous l’expliquer, il se sert de paraboles : ce trésor caché dans un champ ou cette perle fine qui est tant recherchée. Et pour les avoir, on vend tout ce que l’on a. C’est cela l’expérience de la faim de Dieu durant le carême : on délaisse peu à peu ce qui fait notre quotidien habituel. Des choses dont on se dit pourtant qu’on ne pourrait pas se passer : un bon repas, un bon vin, la télévision, des loisirs … Pour un moment, on délaisse aussi ses proches, non pour les fuir, mais pour se donner des temps de silence, rentrer en soi, en quelque sorte. Rentrer en soi, non dans une démarche égoïste, mais pour mieux pouvoir, après, aller vers les autres, ceux à qui on doit commencer par demander pardon, ceux à qui on doit pardonner.
Pour avoir le trésor, l’homme vend tout ce qu’il a pour acheter le champ. Pour acquérir la perle fine, de même, le bijoutier vend tout ce qu’il a. Pour accueillir le Royaume de Dieu, nous devons aussi nous départir de tout ce que nous avons.
En retournant le champ, l’homme trouvera le trésor. En achetant la perle, le bijoutier pourra la mettre dans son écrin. Si Jésus nous parle de telles richesses, c’est pour donner à ses propos, donner à ces richesses, une orientation, un sens nouveaux. Le trésor n’est plus ce que l’on a mais bien ce que l’on est. Et se départir de ce que l’on est, c’est comme faire le vide dans notre cœur pour accueillir celui qui Est : Jésus-Christ lui-même.
Le trésor dont parle Jésus ne nous est pas extérieur, il est en nous. Il est dans notre cœur. Il est donc important, fondamental, de mettre notre cœur du côté du vrai trésor.
Il y a quinze ans déjà, j’étais ordonné prêtre. Aujourd’hui, je me rends compte que je ne savais pas – à l’époque – ce que c’est vraiment être prêtre. Mais si j’ai demandé l’ordination, c’est que je voulais pouvoir célébrer la Divine Liturgie.
Je dis souvent que si je suis devenu orthodoxe (et puis prêtre) c’est que j’étais tombé amoureux de la Liturgie. Et c’est cet amour que Dieu a mis en moi qui a éclairé mon chemin, qui m’a guidé et qui me guide encore. Parce que nous n’arrêtons pas d’avancer, de découvrir ce que c’est être prêtre, être orthodoxe et avant tout être chrétien.
Le Christ met ainsi en nous comme des parcelles de ce trésor. Je dirais : pour nous appâter, si ce mot, employé ici, ne pouvait prendre un sens un peu péjoratif. Disons, pour nous aider à découvrir des valeurs que nous serions bien en peine d’imaginer sans cela. Je pourrais dire – en employant toujours une expression un peu limite – pour nous mettre en appétit, pour nous donner cette faim de Dieu.
« Le Royaume de Dieu est en vous », dira Jésus. C’est notre vrai trésor. Mais que sommes-nous pour porter en nous une telle richesse ? « Ce trésor, écrit l’apôtre Paul aux Corinthiens, ce trésor nous le portons dans des vases d’argiles ».
Nous sommes ces vases d’argiles. Mais si nous nous laissons travailler au cœur par le Christ Jésus, il fera de nous des êtres de la faïence la plus pure.



Site web réalisé par Arnaud Simonis