4e dimanche de carême – 2015 - Mc 9, 17-31 – Mt 20, 1-16

Quarante martyrs de Sébaste

Ce quatrième dimanche de carême correspond – en ce 22 mars – à la commémoration des quarante martyrs de Sébaste. Nous venons donc de lire deux extraits d’évangile : celui de Marc (pour le dimanche) qui nous raconte la guérison de cet enfant possédé et muet et celui de Matthieu (pour les martyrs), avec la parabole des ouvriers de la vigne qui sont tous payés du même salaire qu’ils aient travaillé de la première ou de la onzième heure.
Nous sommes vers l’an 320. Il y a sept ans que Constantin a publié ce qu’on appelle l’édit de Milan, un édit de tolérance, qui prévoit que chacun peut « adorer à sa manière la divinité qui se trouve dans le ciel », un texte qui met fin à la persécution des chrétiens. En principe. Puisque dans cette lointaine région d’Arménie romaine (en Turquie aujourd’hui), la violence continue de s’abattre sur les disciples de Jésus-Christ.
Ceux qu’on appelle aujourd’hui les quarante martyrs de Sébaste étaient des soldats romains. On les avait obligés à rester nus, durant la nuit, sur un lac gelé. S’ils abjuraient leur foi, ils auraient droit à un bon bain chaud. L’un d’entre eux abandonne. Il mourra … dans son bain (peut-être que la différence de température était trop forte). Ému, touché de compassion, un des gardiens va prendre sa place. Tous seront morts de froid au matin.
Le père de l’enfant possédé d’un esprit muet vient trouver Jésus. C’est le seul espoir qui lui reste : son fils est dans cet état depuis son plus jeune âge, sans doute a-t-il consulté les médecins, et même les disciples de Jésus n’ont pas pu le guérir, d’ailleurs, il ne va pas vers Jésus lui en disant : toi, tu peux le guérir ! Non, il est au désespoir. Mais il vient, il dit : « si tu as quelque pouvoir, viens à notre aide, par compassion envers nous ».
Et Jésus de lui répondre : « le pouvoir, c’est la foi ; tout est possible à celui qui croit ». On connaît la réponse du père. Mais on connaît aussi l’attitude des quarante martyrs de Sébaste. C’est la foi qui leur a donné le pouvoir, la force de tenir bon, la force de résister jusqu’au don total de soi, jusqu’à la mort. Sur le lac gelé, ils se soutenaient les uns les autres afin qu'aucun d’entre eux ne faiblisse. Le père de l’enfant, lui, est seul avec sa douleur. Et quand Jésus lui parle de pouvoir, de force en parlant de la foi, le père s’exclame : « Je crois, Seigneur, viens en aide à mon manque de foi ».
 Mais Jésus prend en compte cette foi chancelante, comme Dieu a pris en compte celle de ce gardien de Sébaste qui, tel un ouvrier de la onzième heure, s’en va rejoindre ceux qui allaient mourir en martyrs.
Le père est seul, comme nous-mêmes nous pouvons être seuls devant Jésus, comme nous devons être seuls parfois à prendre des décisions, à assumer des choix, à déterminer des attitudes. Mais comme les martyrs de Sébaste, nous ne sommes jamais seuls, notre foi – même chancelante – nous la vivons en Église, avec nos frères et nos sœurs en Christ. Le Christ en qui, seul, réside réellement le pouvoir de guérison, de notre propre guérison, guérison spirituelle avant tout.
Restent la prière et le jeune, seuls capables, comme le disait Jésus, de chasser cette sorte de démon. Mais de quel démon parlait-il ? De celui qui rendait l’enfant muet ? Certes. Mais quels démons devons-nous – nous – chasser aujourd’hui ?
Ceux qui nous rendent muets pour la louange de Dieu, sourds à sa parole, paralytiques pour le suivre …
Pourtant, il ne faut pas se tromper. La relation avec Dieu n’est pas du donnant-donnant. Trois prières pour un souhait, une semaine de jeune pour un vœu … Jeûner quarante jours ne garantit pas un résultat : on n’est pas dans un calcul de rentabilité. Mère Marie disait : quand j’arriverai au paradis, on ne me demandera pas combien j’ai fait de métanies ou combien de jours j’ai jeûné, on me demandera comment j’ai aidé, combien j’ai aimé mon frère et ce que j’ai fait pour lui.
La prière et le jeûne, ce n’est pas seulement affaire d’oraison ou de carême, c’est d’abord une renonciation à soi-même. Toujours cette même parole, répétée encore dans l’évangile de dimanche dernier, du dimanche de la Croix : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge de sa croix et qu’il me suive » répète inlassablement Jésus.
La prière et le jeûne, c’est cette attitude nécessaire d’humilité et de confiance qui, seule, peut nous ouvrir le cœur, nous éclairer l’âme, nous rendre capables de recevoir l’esprit, l’Esprit Saint, l’Esprit de Dieu en qui est le pouvoir de la foi.
« Je crois, Seigneur, viens en aide à mon manque de foi ».



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