Annonciation 2015

À Banneux

Comme le soleil peut éclairer généreusement dans une percée de nuages, la fête d’aujourd’hui rayonne parmi les jours austères du Grand Carême. Alors que nous cherchons à retrouver Dieu en nous, le voici qu’il vient vers nous comme dans une rencontre à jamais renouvelée.
« Aujourd’hui, c'est le commencement de notre Salut et la manifestation du Mystère » la première phrase du tropaire résume toute la portée de l’événement.
Oui, c’est bien du commencement de notre salut qu’il est question, c’est l’acte premier de l’incarnation du Fils de Dieu, celui qui va nous ouvrir le cœur et l’esprit à la parole de son Père, qui nous préparera à recevoir l’esprit Saint, esprit de Pentecôte, dans lequel nous pourrons dire que Jésus est Seigneur et appeler Dieu notre père. Ce Jésus qui va vivre parmi les siens, enseigner, guérir avant de mourir pour nous et de ressusciter tout en nous ressuscitant avec Lui, pour nous donner l’éternelle vie.
Certes, l’événement de l’Annonciation a eu lieu il y a quelque deux mille ans, mais cette fête n’en est pas le mémorial. L’aujourd’hui du tropaire est toujours bien actuel. Certes, l’archange Gabriel n’est pas, en ce moment dans une ville de Galilée appelée Nazareth auprès d’une jeune fille appelée Marie, mais le fils dont il vient annoncer la naissance est celui qui nous a dit « Et voici que je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde. Le monde est toujours là, et nous, nous sommes dans ce monde, donc le Christ est toujours bien présent, avec nous. En nous si nous lui avons ouvert notre cœur, si nous lui avons offert notre vie.
Mais certes, tout cela est un mystère. « Comment cela se fera-t-il » demandait Marie elle-même. Sa question n’était pas l’expression d’un doute comme furent les paroles de Zacharie, mais déjà comme une sorte de mise à disposition : que devrai-je faire pour cela ? On connaît la réponse de l’ange : « l’Esprit saint viendra sur toi et de son ombre te couvrira la puissance du Très-Haut ».
« Comment expliquerai-je ta divine maternité ? » nous demandions-nous nous-mêmes hier en chantant la neuvième ode de matines. Mais la suite de l’hymne nous donnait la réponse : « Dieu seul le sait car il en est l’auteur ». Le mystère reste entier. Tout comme il le sera d’ailleurs à Noël, ce qui explique cette sorte de pudeur, de retenue, d’intimité dans la célébration de la fête.
« Je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole ». Ces mots de Marie sont essentiels, déterminants : elle s’abandonne en toute humilité mais dans une totale confiance en Dieu. Ces paroles vont traverser la vie de la Mère de Dieu, de la salle des noces à Cana au pied de la croix sur le Golgotha.
Marie est bien au centre de cette fête. Mais elle n’y est pas seule. Nous sommes-là, nous, ses fils, ceux que Jésus lui a donné avant de mourir : « Femme voici ton fils, fils voici ta mère ». Comme une mère, elle est protectrice, elle intercède, elle nous est un exemple. La fête, donc, nous renvoie aussi à nous-mêmes.
C’est à nous, aujourd’hui, de vivre et de discerner ce qui sont nos propres « annonciations », ces événements, ces rencontres, ces paroles, ces lectures, ces réflexions peut-être qui nous ouvrent aux choses de Dieu. Car c’est ainsi, aujourd’hui, que Dieu se manifeste à nous.
Présent parmi nous, c’est par nos semblables qu’il nous interpelle, qu’il nous donne ces mille et une occasions de mettre en pratique la Parole qu’il nous a donnée, la charité qu’il nous a apprise.
Après la rencontre de l’ange, Marie court chez sa cousine. L’Annonciation a pour première conséquence une Visitation. Ce que nous avons reçu, nous devons la partager avec les autres, la grâce de Dieu ne nous est pas donnée pour qu’on la thésaurise, mais pour qu’on en vive et qu’on en fasse vivre ceux qui nous entourent.
Dieu s’est incarné en Jésus une fois pour toutes. La parole de Dieu ne s’incarne pas en nous comme un petit enfant, mais comme une vie nouvelle, en Jésus-Christ.
Et notre seule réponse, la seule valable sera : je suis la servante, le serviteur du Seigneur, qu’il me soit fait selon sa parole.



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