5e dimanche de carême – 2015 - Mc 10, 32-45 – Lc 7, 36-50

À Bruxelles - rue Spaak

Jacques et Jean, les fils de Zébédée. À lire cet extrait de l’évangile de Marc que nous venons d’entendre, on pourrait leur donner le premier rôle dans un remake du film « la folie des grandeurs ». Jésus leur parle de sa mort prochaine, ils pensent sans doute que le moment est arrivé pour s’assurer des places d’honneur, et ils sont prêts à tout pour cela. « Pouvez-vous boire la coupe » demande Jésus et eux, sûrs d’eux-mêmes de répondre « Nous le pouvons ». Et les autres de s’indigner.
Ce n’est pas la première fois que ça arrive ! Déjà lorsque, à une autre occasion, Jésus parlait de sa passion qu’il devait subir, certains de ses disciples l’interrogeaient pour savoir qui serait le plus grand, qui serait le premier. Et là aussi, entre eux, ça avait discuté ferme.
Des places d’honneur, des prérogatives. Pour quoi faire ? « Ceux qu’on regarde comme les chefs des nations » dit Jésus ; à l’entendre, ils n’ont qu’un semblant de pouvoir. Alors ? Alors, Jacques et Jean, les fils de Zébédée, tout comme les autres d’ailleurs, bien qu’ils soient « les Douze », les premiers appelés, ceux à qui Jésus a déjà tant parlé, tant enseigné, ceux qu’on nommera les apôtres n’ont encore rien compris. Soit dit en passant, ça peut nous rassurer, parce que nous aussi, il nous arrive …
Ils n’ont rien compris. Mais c’est que c’est difficile à comprendre, à admettre peut-être. C’est qu’on voit toujours les choses avec nos yeux d’hommes et de femmes. La préséance, nous savons ce que c’est, tout comme l’honneur, le pouvoir. Ce sont des mots qui nous parlent. Mais qui n’ont rien à voir avec le discours de Jésus, avec le message du Christ.
Simon le pharisien, et ceux qui étaient à table avec lui, n’ont pas compris non plus. Ils s’interrogent : « quel est cet homme qui pardonne même les péchés ? » Ils sont comme les scribes rassemblés dans la maison de Capharnaüm, autour de ce paralytique que Jésus vient de guérir et qui crient au blasphème en disant : « qui peut remettre les péchés sinon Dieu seul ? »
Ce questionnement incessant, cette incompréhension même vont accompagner Jésus durant tout son ministère. Et jusqu’à nos jours.
C’est que le Christ nous propose de passer de la folie des grandeurs à la folie de la croix. Celui qui veut être le premier, celui qui veut être à ses côtés, celui-là devra se faire le serviteur de tous. Quel renversement de perspective ! Inacceptable pour les uns, impensable pour les autres, inaccessible pour beaucoup. Alors, on rejette, on doute, on ricane ou bien, on crucifie.
Parce que le serviteur dont parle Jésus est celui qu’évoque le prophète Isaïe : le serviteur souffrant, celui qui donne sa vie pour les autres, celui qui consacre sa vie aux autres. « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge de sa croix et qu’il me suive » dit Jésus. Et il va se donner comme l’exemple ultime, comme le don total.
Et c’est le chemin qui doit être le nôtre. Quelle que soit, d’ailleurs notre situation. Car il ne faut pas tomber dans une humilité de mauvais aloi : parfois, prendre sa croix, c’est endosser des responsabilités, c’est être amené à exercer un certain pouvoir, prendre des décisions. Sans doute, c’est difficile, mais on peut être « serviteur » tout en étant président.
Simon le pharisien était peut-être un digne serviteur de Dieu, mais il n’a pas vraiment accueilli Jésus, il lui manquait cet élan qui a poussé la femme aux pieds du Seigneur : « ses péchés si nombreux lui sont pardonnés parce qu’elle a beaucoup aimé ».
Pourrions-nous boire la coupe qu’il a dû boire, être baptisé du baptême dont il a été baptisé ? Est-ce cela qui nous est demandé ? En s’identifiant au Christ, on laisse s’incarner en nous une parole, on se laisse inspirer d’un saint Esprit. S’identifier au Christ n’est pas affaire d’actes ou de gestes, moins encore de rituels, c’est vivre d’une vive nouvelle. Une vie inspirée par l’amour.



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