Rameaux – 2015

Jésus entre dans Jérusalem. Il y est accueilli comme un roi. Mais, a-t-on jamais vu un roi chevauchant un ânon ? « Voici que ton roi vient à toi, humble et monté sur une ânesse et sur un ânon, le petit d’une bête de somme » note saint Matthieu. Peut-être les contemporains de Jésus ont-ils pensé qu’il allait être celui qui allait délivrer Israël de l’occupation romaine, être vraiment leur roi (c’est même ce que Pilate fera inscrire sur la croix) mais c’est d’un autre Royaume qu’il est en fait question.
On peut lire ce récit en y discernant bien des références à l’Ancien Testament : comme ce psaume, par exemple  qui évoque une foule qui chante  « Béni soit celui qui vient, lui, le Roi, au nom du Seigneur ! » en tenant des rameaux en mains, ou l’annonce par le prophète Zacharie d’un Messie humble et pacifique et même, dans cette marche vers le Temple, une fête du calendrier juif, Sukkôt ou la fête des Tentes, qui rappelle le temps du nomadisme au désert et durant lequel Dieu veillait sur son peuple. Et bien d’autres ... On comprend donc qu’il y ait pu avoir maldonne.
Quoique. Les catholiques ont une fête du Christ Roi. Certains l’appellent même le roi des rois. À Pilate qui lui demande s’il est vraiment roi, Jésus répond : « Tu le dis, je suis roi » mais il ajoute par ailleurs : « Si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs auraient combattu pour moi afin que je ne fusse pas livré aux Juifs; mais maintenant mon royaume n’est point d’ici-bas. »
Maintenant … Et pourtant, certains, aujourd’hui, n’agissent-ils pas comme si l’Évangile était fait pour que le monde soit concrètement sous le règne du Christ ? Et puis, ne disons-nous pas au Père : « Que ton règne vienne ? » Saint Paul n’écrivait-il pas aux Hébreux, en parlant du Christ : « en lui soumettant toutes choses, Dieu n’a rien laissé qui ne lui fût soumis. Cependant, nous ne voyons pas encore maintenant que toutes choses lui soient soumises » ?
Nous ne le voyons pas parce que nous sommes toujours dans le monde et que, comme disait le Christ : « Mon royaume n’est pas de ce monde ». Il faut que ce monde passe, que finissent ces derniers temps que nous vivons, et nous savons que bien des choses doivent se passer avant que le Christ ne revienne dans sa gloire.
Des références à l’Ancien Testament, des visions de l’Apocalypse, qu’est-ce que tout cela peut bien avoir à nous dire à nous, en-dehors de nous ouvrir à une spiritualité qui dépasse de loin nos propres besoins « religieux » ?
La réponse est peut-être dans cette prière que nous avons répétée sans cesse durant tout le Grand Carême, prière de saint Ephrem, qui commence par ces mots « Seigneur et maître de ma vie »  et plus loin : « oui, Seigneur et roi ». « Ma vie. Accorde à ton serviteur. Donne-moi » … C’est bien nous qui parlons, c’est bien de nous qu’il s’agit.
Aux pharisiens qui demandaient à Jésus quand viendrait le royaume de Dieu, Il avait répondu : « Le royaume de Dieu ne vient pas de manière à frapper les regards. On ne dira point : il est ici, ou : il est là. Car voici, le royaume de Dieu est au milieu de vous. »
Le Royaume de Dieu, il est dans nos églises : nos bâtiments qui se veulent comme une image – oh bien modeste – de ce Royaume, c’est pourquoi tout doit y être beau, bon, harmonieux, riche : la dorure et la beauté des icônes, l’harmonie des chants, l’odeur de l’encens, le goût même de l’eucharistie : « venez et goûtez comme est bon de Seigneur », tout cela doit toucher notre âme et la faire vibrer de la grâce qui nous est donnée.
Le Royaume de Dieu, il est dans nos Églises : nos assemblées, il s’exprime et se vit dans notre liturgie. « Là où deux ou trois seront rassemblés en mon nom, je serai au milieu d’eux » a dit Jésus. Au cours de la Liturgie, les prêtres se saluent en disant : « Le Christ est parmi nous » et de répondre : « Il est et il sera ». L’eucharistie, sacrement du royaume, pour reprendre le titre d’un livre du père Schmemann.
Et puis, il y a cette demande que nous faisons – adressée à l’Esprit de Dieu – au début de chacun de nos offices : « Roi céleste, consolateur … viens et fais ta demeure en nous ». Oui, avant tout, c’est en nous, c’est dans notre cœur que doit régner Jésus-Christ, dans notre âme qu’il doit ériger son Royaume.



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