Dimanche des myrrhophores – 2015 - Mc 15, 43-16, 8

En ce dimanche, nous célébrons la mémoire du juste Joseph d’Arimathie, celui dont nous avons chanté le vendredi saint qu’il avait déposé le corps de Jésus dans un tombeau tout neuf ; de Nicodème, celui à qui Jésus avait dit : « En vérité, en vérité, je te le dis, nul, s'il ne renaît de l'eau et de l'Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu » et puis, de ces femmes dont les évangiles citent le nom : Marie-Madeleine, Marie mère de Jacques, Salomé, Jeanne … et d’autres sans doute, qui donnent d’ailleurs leur nom à ce dimanche, celui des myrrhophores.
Les myrrhophores, celles qui portent la myrrhe, un onguent pour enduire le corps d’un défunt. Quant à Joseph, blogoobrazni Iozif, il a descendu Jésus de la croix et, comme le raconte l’évangile de Marc que nous venons de lire, il « l’enveloppa d’un linceul et le déposa dans un sépulcre taillé dans le roc ».
Ceux que dont on fait mémoire aujourd’hui sont donc ceux – et celles surtout – qui ont pris soin du corps de Jésus après sa crucifixion, pour le dire d’un mot qui donne le frisson : elles se sont occupées du cadavre. Tandis que la foule se détournait avec indifférence, tandis que les disciples eux-mêmes (ceux qui allaient devenir les apôtres) se cachaient par crainte des Juifs, pleuraient sans doute leur maître et étaient en proie au doute, peut-être même au désespoir.
« Tu es bien le seul à séjourner à Jérusalem qui n’ait pas appris ce qui s’y est passé ces jours–ci ! » disaient les disciples sur le chemin d’Emmaüs évoquant ensuite « ce qui concerne Jésus de Nazareth, qui fut un prophète puissant en action et en parole devant Dieu et devant tout le peuple : comment [les] grands prêtres et [les] chefs l’ont livré pour être condamné à mort et l’ont crucifié et nous, nous espérions qu’il était celui qui allait délivrer Israël. Mais, en plus de tout cela, voici le troisième jour que ces faits se sont passés. Toutefois, quelques femmes qui sont des nôtres nous ont bouleversés : s’étant rendues de grand matin au tombeau et n’ayant pas trouvé son corps, elles sont venues dire qu’elles ont même eu la vision d’anges qui le déclarent vivant. » Mais on ne les a pas cru. Le doute. Le désarroi.
Les femmes, elles, et Joseph d’Arimathie, se sont occupés du corps de Jésus. Il avait été enseveli un peu dans la hâte, qu’importe, elles reviennent pour embaumer le corps. Comme aujourd’hui, nous prenons soin d’un proche qui vient de décéder. Bien sûr, nous confions cela à des professionnels, les gens des pompes funèbres, mais nous veillons aux détails : quels vêtements faut-il mettre au défunt ? Et ses lunettes, on les lui met ? Peut-être faut-il mettre dans le cercueil un objet auquel il tenait, quelque chose de symbolique.
Un prêtre est mis dans le cercueil revêtu de ses vêtements liturgiques et avec, entre les mains, un évangéliaire. On revêt le défunt de vêtements qui ont du sens. Comme si on l’habillait pour un autre voyage, pour un séjour dans une autre dimension, comme une profession de foi d’une autre forme de vie après la mort.
Prendre soin d’un mort, c’est aussi, en quelque sorte, lui conserver son statut de personne : s’il ne vit plus, le défunt continue d’exister pour ses proches : c’est quelqu’un qui fait partie de leur vie, quelqu’un qui a compté dans leur histoire, quelqu’un qui restera dans leur mémoire. Et puis, c’est aussi une façon de prolonger la relation, d’établir même une forme de relation sociale avec celui qui – comme nous le disons – s’est endormi : on va pouvoir le visiter, conserver son souvenir. Un souvenir dont on formera l’image par le soin qu’on aura pris du corps lui-même.
Et j'ai vu aussi, lors d'un voyage en Russie, des tombes avac, autour du caveau, des bancs qui permettaient de manger en semble autour du défunt ...
Tout cela est donc encore très vrai pour nous, mais cela donne aussi un sens tout particulier à la démarche des femmes myrrhophores et du juste Joseph qui, finalement, auront été les seuls à se préoccuper du corps de Jésus durant son séjour au tombeau. Ainsi, ils sont les témoins uniques mais essentiels de la mort de Jésus. Oui, Jésus était bien mort, nous l’avons enseveli. Donc, ils pourront attester de sa résurrection.
Et c’est là, sans doute, que la mémoire que nous faisons aujourd’hui également de Nicodème prend tout son sens. Un sens qui n’est pas étranger à tout ce que nous venons de dire : dans la mort, le corps change, il devient raide, froid et très vite se décompose. « Il sent déjà » disait-on de Lazare. Dans la résurrection aussi. Même s’il est toujours fait de chair et d’os comme pourra en attester Thomas, Jésus n’est pas reconnu par Marie-Madeleine à qui Il dit : « Ne me touche pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père ».
Il faut donc que les choses s’accomplissent. Comme il faut que l’homme renaisse de l’eau et de l’Esprit comme l’avait dit le Christ à Nicodème. Mais ce que Jésus-Christ a accompli une foi pour toutes doit aujourd’hui s’accomplir, au jour le jour, dans notre propre vie. Une vie qui doit changer comme a changé le Christ après sa mort et sa résurrection. Car notre vie est faite de morts et de résurrections chaque fois que nous mourons à ce que nous appelons nos péchés (nos faiblesses, notre orgueil, notre égoïsme, notre indifférence, etc. etc.) et que nous vivons en Christ, Christ ressuscité pour nous donner, à nous, à chacun d’entre nous, la force et la vie.



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