Ascension - 2015 - Lc XXIV, 36-53

Dans un petit village près de Ciney, à Conjoux, il y avait (il y a peut-être encore) des grottes. De fausses grottes dans lesquelles sont représentées des scènes de la vie du Christ. Imaginez celle-ci : des personnages agenouillés, regardant le ciel et ... deux pieds qui dépassent du plafond. C’est l’Ascension.

Vue ainsi, c’est pour le moins naïf, presque ridicule. Mais n’est-ce pas la représentation que l’on peut avoir si on prend au mot le texte des Actes : « il s’éleva et une nuée vint le soustraire à leurs regards ».

C’est que l’événement que vivent les disciples et qui nous est raconté ainsi est un événement spirituel qu’il faut voir avec les yeux de la foi et non d’un regard matériel.

Le Christ s’élève.

C’est la continuation du mouvement entamé à la Résurrection. Descendu aux enfers, Jésus remonte, vainqueur de la mort. Aujourd’hui, il s’élève vers on Père. L’Ascension couronne ainsi la mission terrestre qu’il avait reçue du Père. Une mission qu’il a accomplie totalement.

La nuée, c’est la présence de Dieu. Comme l’était déjà cette nuée qui accompagnait le peuple d’Israël dans le désert. L’oeuvre réparatrice du Fils est acceptée par Dieu.

La nuée, c’est ainsi également la fumée de l’holocauste s’élevant de l’autel vers Dieu. L’oeuvre de notre salut est accomplie et bénie.

Mais, comme l’écrit un moine de l’Eglise d’Orient : « Jésus ne revient pas isolé vers son père. C’est le Logos [le Verbe] incorporel qui était descendu parmi les hommes. Mais aujourd’hui, c’est la Parole faite chair, à la fois vrai Dieu et vrai homme, qui entre dans le royaume des cieux. Jésus y introduit la nature humaine dont il s’est revêtu. Il ouvre les portes du royaume à l’humanité. Nous prenons, en quelque sorte par procuration, possession des biens qui nous sont offerts et possibles »

Lorsqu’il s’est pris pour Dieu, lorsqu’il a posé comme fondement de son existence son être propre, Adam, l’homme, s’est confondu avec la nature dont il a connu les limites, donc la mort.

En venant sur la terre, en s’incarnant de la Vierge Marie, le Fils de Dieu se faisant homme a rejoint les hommes là ou ils étaient. Il a connu la mort. Mais il l’a vaincue.

Ainsi, comme l’explique saint Maxime le Confesseur : le Christ a récapitulé le chemin de la chute, en quelque sorte, il l’a fait à l’envers.

Il a rouvert les portes du paradis, rendu possible l’accès à la vie éternelle.

C’est ce que nous chantons dans l’ode 3 des matines : « O Christ, la nature des humains soumise à la poussière du tombeau, tu la relèves et tu l’exaltes par ta montée vers les cieux où tu nous glorifies avec toi ».

Mais les disciples, eux, restent sur terre.

D’abord, ils regardent le ciel. Peut-être ont-ils l’impression de perdre une seconde fois celui qu’ils avaient aimé.

Peut-être que nous aussi, qui venons de vivre la joie et la plénitude du temps pascal, avons-nous un peu l’impression d’un départ, d’une séparation. Notre Seigneur n’est plus là, plus de la même manière en tout cas.

Mais bien vite, on se reprend. Pourquoi rester ainsi à regarder le ciel ? Le Christ est parti sur une promesse et son Ascension se confond avec une bénédiction. La nuée se colore déjà des feux de la Pentecôte. Et la mission est annoncée : « C’est vous qui êtes mes témoins ».

Ce qui aurait pu être un moment de tristesse, de regret, se transforme en attente, en espérance et en joie. Le mouvement se poursuit : cette montée annonce une nouvelle descente : celle de l’Esprit, donné une fois pour toutes aux disciples et - à travers eux - à l’Eglise et à tous ceux qui en sont les membres vivants.

Puissions nous dire : à nous.

Témoins de la victoire de Jésus-Christ.

Portant aujourd’hui ce témoignage pour la gloire du Père et du Fils et du Saint Esprit.



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