Dimanche de Pentecôte – 2015

Un sage se promenait un jour sur la plage. Il vit un enfant qui voulait vider la mer avec une cuillère. Il lui dit : « on ne peut pas vider la mer avec une cuillère ». Alors l’enfant lui dit : « toi qui es sage, explique-moi le mystère de la Trinité ». Alors l’homme s’assit à côté de l’enfant et entreprit, avec lui, de vider la mer avec une cuillère.
La Trinité est un mystère. Pour certains, comme les juifs et les musulmans, l’idée même d’un Dieu en trois personnes est inimaginable. La Trinité est un mystère et pourtant combien de théologiens n’ont-ils pas écrit sur ce sujet, le commentant faute de pouvoir l’expliquer. Ou alors, utilisant des images : le Fils et l’Esprit sont les deux mains du Père, la relation entre les trois Personnes est un échange d’amour permanent auquel le Père a voulu rendre les hommes participants en leur envoyant son Fils …
Un catholique, avec qui on parlait des fêtes du calendrier liturgique, me disait que le dimanche après Pentecôte, c’est le dimanche de la Trinité. Et vous, me dit-il ? Nous ? C’est le dimanche de tous les saints parce que la sainteté est le don de l’Esprit. Mais alors, quand fêtez-vous la Trinité ? Euh … tous les jours.
Et c’est vrai que la Trinité a, pour nous les orthodoxes, quelque chose de familier. [Cela dit, c’est vrai aussi que – d’une certaine façon – la Pentecôte est pour nous, la fête de la Trinité. C’est assez révélateur : dans notre église, ici, il n’y avait pas d’icône de la fête, pour les célébrations, on mettait celle de Roublev.] Mais c’est vrai surtout que l’invocation de la Trinité traverse tous nos offices.
C’est la bénédiction initiale des vigiles (Gloire à la Sainte, Consubstantielle, Vivifiante et Indivisible Trinité), on la chante dans l’hymne des chérubins (nous qui, dans ce mystère représentons les chérubins et chantons l’hymne trois fois sainte à la vivifiante Trinité). Et puis il y a toutes les ecphonèses, ces fins de prière proclamées par le prêtre (et nous te rendons grâce, Père, Fils et Saint-Esprit).
Quand nous vénérons les icônes, nous faisons trois métanies, pour faire le signe de croix, nous joignons trois doigts (proclamation de foi : trois personnes en Dieu). Notre attitude elle-même est « trinitaire ». C’est pourquoi on peut dire, je pense, que la Trinité nous est familière. Même, bien sûr, si son mystère reste entier.
Durant le temps de son Incarnation, de sa vie sur terre, le Christ nous a parlé abondamment du Père, il nous a même appris à le prier, il nous a dit que nous pouvions Lui demander des choses en son Nom. L’Esprit s’était déjà manifesté, comme sous forme de colombe lors du baptême par Jean dans le Jourdain. Puis vient de temps du départ. « Il vaut mieux pour vous que je m’en aille, car, si je ne m’en vais pas, le Paraclet ne viendra pas à vous. Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière » écrit saint Jean dans son Évangile en citant les paroles de Jésus.
L’Ascension du Christ a ouvert le temps de l’attente de l’Esprit, la Pentecôte en est le don. C’est notre temps qui est inauguré. « Viens et fais ta demeure en nous ». Demain, lundi de Pentecôte, ce sera le jour du Saint Esprit, que nous célèbrerons à la chapelle de Banneux. Nous n’arrêtons pas de le prier au début de toutes nos célébrations. Et nous avons raison parce que, pour nous, tout vient de l’Esprit, à commencer par la vie en Christ à laquelle nous sommes appelés.
Une vie que l’on peut résumer par ces paroles de Jésus : « on verra que vous êtes mes disciples à ce que vous vous aimez les uns les autres ». Au début du christianisme, si quelques un prêchaient, beaucoup portaient témoignage : « voyez comme ils s’aiment » disait-on d’eux. Et ce témoignage était fondamental. Sans lui, toute parole aurait été vaine.
Et c’est là que l’image d’amour de la Trinité prend tout son sens : c’est en elle que nous trouvons la force de cet amour mutuel, de cet amour nécessaire. Et c’est peut-être là tout l’enjeu de notre présence ici, de notre participation aux offices, de notre vie en Église. Si nous venons y chercher une expression religieuse, un rituel, écouter les chants peut-être ou prier seulement pour nos propres besoins, c’est comme si notre cœur était vide. On répète souvent ces paroles de saint Séraphin de Sarov, elles trouvent aujourd’hui tout leur sens : le but de la vie chrétienne, c’est l’acquisition de l’Esprit Saint. C’est Lui qui fera de nous des chrétiens, des disciples de Jésus-Christ, des témoins de son Évangile, pour le salut du monde et la gloire de Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit. Amen.



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