3e dimanche après Pentecôte – 2015 - Mt 6, 22-33

À la paroisse Sts Côme et Damien à Bruxelles

« La lampe du cœur, c’est l’œil » dit Jésus. D’une certaine façon, il commence par évoquer une réalité matérielle, physique : l’œil est en effet l’organe, le centre même de la perception des choses. Nous voyons les couleurs, les formes, nous voyons aussi les événements, des images qui peuvent nous réjouir, d’autres qui peuvent nous troubler. L’œil est aussi ce sens qui nous donne la capacité de nous situer dans l’espace, de mesurer les distances, de trouver notre chemin.
Mais bien sûr, le message du Christ n’est pas de donner une explication physiologique de cet organe du corps humain, mais d’en faire un symbole, une sorte de parabole car, d’une certaine façon, l’œil est aussi le centre de la perception de l’homme. Pas seulement de savoir s’il est noir ou blanc, jeune ou vieux, de percevoir son aspect (dont nous pouvons tirer des conclusions pas toujours humanistes et moins encore charitables), mais d’avoir ce que l’on pourrait appeler une vision spirituelle de l’homme, homme ou femme, bien sûr, de l’être humain.
Une expression du langage courant – en français – peut permettre de commencer à appréhender cette notion. Si vous dites à quelqu’un : « voyez-vous ce que je veux dire », cela n’a évidemment rien à voir avec une forme quelconque de perception visuelle. J’ai dit cela un jour à un malvoyant, sur le coup ça m’a paru incongru, mais pas du tout : la personne avait bien vu ce que je voulais dire. Et puis, en ce domaine, il peut y avoir des aveugles qui voient bien mieux que nous !
Il nous est donc donné une sorte de vision spirituelle qui est peut-être l’essentiel. Pensons à la guérison des aveugles par Jésus et à tout ce qui peut les entourer : la boue sur les yeux, la piscine de Siloé, et même l’aveugle de naissance … Des guérisons qui sont – outre des témoignages de la puissance du Christ, de sa compassion pour la souffrance humaine, des témoignages de la venue du Royaume – des guérisons donc qui sont fortes de symbolisme pour nous-mêmes qui devons demander la guérison de notre cécité spirituelle.
Celui qui deviendra l’apôtre Paul a d’abord été aveugle avant de pouvoir prêcher l’Évangile du Christ ! C’est lui qui parlera aux Éphésiens des yeux du cœur, de cette vision des choses de la vie qui nous permettent de voir la lumière du Christ. Certes, pas comme les yeux de chair peuvent voir la lumière du soleil, mais comme les apôtres qui ont pu contempler l’éclat lumineux du Christ lors de sa Transfiguration, cette lumière dans laquelle nous sommes transfigurés nous aussi, cette lumière qui illumine nos sens, cette lumière qui illumine notre vie.
Mais quelle vie ? Après avoir parlé de l’œil, de la lumière et des ténèbres, Jésus évoque ce qui est vital pour chaque homme : manger, se vêtir … Et puis, il parle des oiseaux du ciel et des lis des champs. C’est beau, c’est bucolique, c’est surtout bien plus profond qu’il n’y paraît car Jésus va prendre fondamentalement le contre-pied de ces démarches, de ces attitudes qui nous paraissent tout ce qu’il y a de plus normal. « Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît ».

Cette affirmation a poussé certains à tout abandonner pour ne vivre que de ce que Dieu donne. Une affirmation qui n’est pas sans danger si on la comprend mal ou si on la prend à la lettre. La foi nous donne les richesses spirituelles, la Providence pourrait-elle aussi pourvoir aux besoins matériels ? Dans ce cas, les riches – même les tenant d’un capitalisme que l’on dit sauvage – seraient-ils donc les aimés de Dieu ? Dit comme ça, on voit que ce n’est pas compatible avec le message évangélique, mais on peut ainsi deviner les dérives ou les désillusions que cela peut entraîner.
« Cherchez d’abord le Royaume de Dieu » dit Jésus. Il ne dit pas « cherchez exclusivement » … Tout dépend donc – et on y revient – du regard que nous portons sur les choses de la vie, que nous portons sur notre vie. Tout dépend donc de nos priorités. Que cherchons-nous d’abord ?
D’abord mon boulot, mes affaires et puis la liturgie du dimanche ? Parce que je suis orthodoxe, quand même ! Et pourquoi pas d’abord la liturgie du dimanche ? Pas pour l’office lui-même, mais pour ce qu’elle m’apporte, pour ma communion au saint corps et au saint sang de notre Seigneur Jésus-Christ qui me fait participer aujourd’hui, maintenant, au Royaume de Dieu. Pour cette Parole qui m’est donnée, vécue et commentée durant la célébration et qui me nourrit, qui me porte, qui me donne la force, la force de vivre en Christ et la force du témoignage.
« Si ton œil est saint, ton corps tout entier sera dans la lumière ; mais si ton œil est malade, ton corps tout entier sera dans les ténèbres. Si donc la lumière qui est en toi est ténèbres, quelles ténèbres ce sera » !
Là aussi, c’est à nous … de voir.



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