4e dimanche après Pentecôte – 2015 - Mt 8, 5-13

Le centurion de Capharnaüm exerce une certaine autorité, on pourrait dire une autorité certaine : celle due à son grade dans l’armée. Il commande à ses soldats, il donne des consignes à ses serviteurs. Mais il reconnaît à Jésus une autorité plus grande encore.
Car lui, il n’est qu’un subalterne : il au-dessus de lui de plus hauts gradés et, à la tête, l’empereur qui, lui peut déclarer des guerres, décider des combats et définir la stratégie. A lui, par la suite de mettre en œuvre les ordres qu’il  aura reçus. C’est là toute son autorité : celle de poser des actes. À Jésus, il reconnaît un véritable pouvoir : « dis seulement une parole et mon serviteur sera guéri ».
La parole de Jésus, parce qu’elle est la parole du Christ, du Fils de Dieu, est donc une parole agissante, une parole qui guérit et pas seulement des mots qui dirigent. Cette parole est message, geste de miséricorde. Ce ne sont pas les bien portants qui ont besoin de médecin, dira Jésus, je suis venu pour les pécheurs et non pour les justes. Ici, Il en fait une éclatante démonstration.
Car le centurion représente une autorité, une autorité d’occupation ; combattue par certains (comme les Zélotes) mais avec laquelle d’autres collaborent (comme les Pharisiens) ou pour lesquelles d’autres encore travaillent (comme les Publicains, comme Matthieu ou Zachée).
Mais comme il a appelé Matthieu, comme il est allé loger chez Zachée, Jésus accueille la prière du centurion, il l’écoute, il est prêt à aller chez lui (ce qui est contraire à l’attitude normale d’un Juif de l’époque). C’est que Jésus met l’homme, l’homme souffrant, au-dessus de toute autre considération et que la foi s’affirme ici comme la valeur essentielle « chez personne en Israël, je n’ai trouvé pareille foi ». Dure leçon, au passage pour ses contemporains. Et il ajoute : « beaucoup viendront de l’orient et de l’occident et prendront place au festin avec Abraham, Isaac et Jacob », la Bonne Nouvelle sera donc annoncée au monde entier, la Nouvelle Alliance sera proposée à tous les hommes et pas seulement aux Juifs, au peuple élu.
La Bonne Nouvelle nous a été annoncée à nous aussi. L’Évangile est proclamé jusqu’aux confins de la terre. La parole nous est donc adressée comme elle l’a été à Matthieu, le Christ vient vers nous comme il a interpellé Zachée, il nous écoute comme il a écouté le centurion. Cette histoire n’est donc pas seulement un épisode de la vie de Jésus, elle n’est pas seulement une des nombreuses rencontres qui sont rapportées dans les évangiles (et toute chose importante dans la vie de l’homme commence par une rencontre avec le Christ) … cette histoire s’adresse aussi à nous.
Oui, bien sûr, nous pouvons dire que – dans notre travail, notre famille, notre paroisse peut-être – nous sommes amenés à exercer une certaine autorité, et même parfois une autorité certaine. Une autorité d’occupation ? En jouant sur les mots, on pourrait parfois répondre : oui, si cette autorité que nous avons, nous l’exerçons aux dépens des autres, de leur part de liberté, de leur intégrité personnelle. Des subalternes ? Certes, on l’est toujours bien de l’une ou l’autre autorité supérieure … Mais c’est, bien sûr, de point de vue spirituel qu’il faut voir les choses.
« Qui d’entre vous peut, à force de soucis, ajouter une coudée à la longueur de sa vie ? » nous entendions-nous dire dans l’évangile lu dimanche dernier. Nous ne sommes pas maîtres de notre vie et nous sommes, comme l’écrit souvent saint Paul, les « esclaves du péché ». Je dirais même : nous sommes les collaborateurs du péché, parce que, parfois, nous nous complaisons dans notre égoïsme, nous nous flattons dans notre orgueil, nous prenons un malin plaisir à critiquer notre voisin, nous mettons la haine là où il faudrait apporter l’apaisement …
Le péché ! Voilà un mot qu’on a presque peur d’utiliser, un mot qu’on n’aime plus aujourd’hui, parce qu’il évoque une forme de culpabilité, il nous ferait ranger dans le clan des obscurantistes et, surtout, comme des censeurs de cette sacrosainte liberté que tout le monde revendique aujourd’hui, en la confondant parfois avec le droit de faire n’importe quoi !
Le péché, pour nous, c’est tout ce qui sépare de Dieu, un acte, une pensée, c’est tout ce qui nous distrait de l’essentiel, qui nous détourne de la foi, qui trouble nos esprits, qui nous fait oublier la charité. Le centurion – quoique païen – a conscience de tout cela et il l’exprime par des mots tout simples, mais des mots essentiels : « je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit ».
Nous, nous disons, en nous approchant de la Sainte Communion : « Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir » mais, dans la foi et l’humilité, nous pouvons ajouter – avec la certitude d’être entendus : « mais dis seulement une parole et je serai guéri ».



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