5e dimanche après Pentecôte – 2015 - Mt 8, 28 – 9, 1 – Ro 16, 1-10

L’extrait de l’Évangile de saint Matthieu que nous venons d’entendre est peut-être de ceux que l’on aurait tendance à délaisser parce qu’il peut choquer la conception que nous avons aujourd’hui des choses et particulièrement des choses spirituelles. Sans doute, sommes-nous influencés par les images que le cinéma américain nous a données de possédés du démon et de l’exorcisme ; plus certainement, parce que, de nos jours, nous pensons que tout ce qui ne peut pas être prouvé, démontré, expliqué, n’existe pas. Et puis, pour certains,  l’idée même que l’on puisse être possédé du démon évoque une pensée qui se rapporte à des périodes d’obscurantisme totalement incompatibles avec une idée de la modernité qui, finalement, délimite la pensée elle-même.
Pourtant, cet épisode se retrouve dans les trois évangiles que l’on dit synoptiques : Matthieu (que nous venons d’entendre), Marc et Luc. C’est donc qu’il s’agit d’un événement considéré comme important. D’abord parce qu’il montre la puissance de Jésus contre les forces du mal. Certains diront même sa grande miséricorde puisque, non seulement il écoute les démons, mais il leur permet d’entrer dans le troupeau de porcs, pour le plus grand dommage de ces animaux, d’ailleurs. C’est aussi un événement qui se passe dans une contrée païenne, donc, d’une certaine façon, l’Évangile est annoncé à d’autres qu’aux Juifs. C’est enfin un témoignage tout particulier de qui est Jésus. Alors que ses disciples disent de Lui qu’il pourrait être Jean-Baptiste ou Élie, ou un prophète, les forces démoniaques l’appellent Fils de Dieu, parce que ce sont des forces spirituelles, donc qu’elles ont la connaissance de choses spirituelles, de choses qui nous échappent à nous, êtres de chair et de sang. Et il y aurait bien d’autres symboles à évoquer, bien d’autres commentaires à tirer de ce passage de l’Évangile.
Il n’en reste pas moins qu’il y est question de démons, de possédés, d’exorcisme … et que tout cela nous est devenu étrange pour ne pas dire étranger. Il y a donc peut-être une autre lecture que nous pourrions avoir, aujourd’hui, de ce passage en pensant à ce que le langage familier appellerait nos vieux démons.
Nos vieux démons. Oh ! Pas besoin de chercher beaucoup : l’envie, le désir, l’égoïsme, l’orgueil … Faut-il continuer ? L’avarice, la cupidité, le manque de respect de l’autre, la médisance, le vain bavardage … Et chacun pourra y ajouter du sien. Ces vieux démons, nous cherchons à les combattre. Souvent en vain. Jusqu’à ce que nous nous rendions compte que c’est le Christ qui peut nous aider à lutter contre eux « par la prière et par le jeûne » comme il le dit Lui-même après une autre guérison. Et, finalement, que seul le Christ peut nous en délivrer. Encore faut-il que nous allions vers Lui, encore faut-il que nous le laissions venir vers nous.
Et puis, il y a le troupeau de porcs. Imaginez la frayeur des gardiens lorsqu’ils les ont vus se précipiter dans le lac et s’y noyer. Comment allaient-ils expliquer cette perte à leurs maîtres, aux propriétaires des animaux ? C’est que pour eux, c’était comme un capital, une valeur marchande.
Une valeur. Nous aussi, nous avons le troupeau de nos valeurs. Nos soi-disant valeurs : l’argent, bien sûr, le travail, la réussite et puis aussi notre petit confort, notre bien-être (matériel, s’entend). Et là, nous devons aussi nous poser cette question : sommes-nous prêts, lorsque nous demandons au Seigneur de nous délivrer de nos vieux démons, sommes-nous prêts à sacrifier, en tout cas à voir disparaître ces valeurs qui sont les nôtres et auxquelles nous tenons tant …
Les Gadaréniens, en voyant ce qui s’était passé, ont demandé à Jésus de quitter leur pays. Ils ont eu peur. Sans doute n’ont-ils pas compris. Et Jésus a regagné sa propre cité. Ne nous arrive-t-il pas, à nous aussi, de renvoyer Jésus, de lui refuser l’accès de notre cœur parce que nous ne comprenons pas, parce que nous avons peur ou encore parce que nous devinons que, Lui répondre, Le suivre, cela bouleverserait notre vie ? Et pourtant, c’est ce qu’Il ne cesse de nous demander, à nous, qui nous disons aujourd’hui ses disciples : « viens et suis-moi ».
Et pourtant, les possédés ont été guéris. Ils ont pu reprendre une vie normale. Mais qu’est-ce qu’une vie normale, pour nous, si ce n’est une vie en Christ, par le Christ, avec le Christ ? « Celui qui croit du fond du cœur devient juste, écrit saint Paul dans cet extrait de l’épitre aux Romains que nous venons d’entendre, et celui dont les lèvres confessent la foi parvient au salut ».
Qu’attendons-nous donc pour être de ceux-là ? Car la solution, nous l’avons, c’est la foi, la foi qui délivre, la foi qui guérit.
Encore une chose, peut-être. Il n’est pas toujours simple et clair pour nous de faire la part des choses entre ce qui est spirituel et ce qui est physique ou psychologique.
C’est vrai que, au cours des siècles, on a eu tendance à attribuer à une possession du démon ce qu’on identifie aujourd’hui comme étant des maladies nerveuses voire psychiatriques. Mais on commettrait sans doute une grave erreur en classant dans cette catégorie médicale tous les récits de possession démoniaque que rapportent les évangiles.
Qu’en est-il donc dans notre propre vie ? Quelle est la part de responsabilité qui nous revient et – comme le dit la sagesse populaire – la part du diable ? C’est sans doute affaire de discernement. Mais, je dirais, qu’importe … Dieu seul le sait, comme on dit aussi familièrement. Et si nous le prions, il pourra nous guérir, quel que soit notre mal. Même de notre manque de foi …



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