Transfiguration – 2015

La célébration d’aujourd’hui me pousse à réfléchir un moment sur le sens des fêtes qui marquent notre calendrier liturgique.
Il y a les incontournables, celles qui font partie des traditions et que, même ceux que l’on ne voit jamais à l’église ont à cœur de fêter : c’est Pâques et c’est Noël. Et puis, il y a les autres, toutes les autres. Avec certaines qui aussi, pour d’aucuns, ont un sens particulier : on vient chercher des rameaux le dimanche de l’Entrée du Christ à Jérusalem, de l’eau bénite à la Théophanie …
Bien sûr, pour la Transfiguration, il y a la bénédiction des fruits. C’est une occasion de venir quand même à la liturgie. Mais la fête tombe en plein mois d’août, c’est l’été, les vacances. Dans de nombreuses paroisses, celles qui suivent le calendrier grégorien, la fête doit être célébrée le 6 août et, très souvent, l’église est fermée, le prêtre est en vacances et, si tout va bien, on commence à reprendre le rythme des célébrations pour la Dormition de la Mère de Dieu. Ainsi, le calendrier liturgique se  soumet à notre propre rythme, à notre confort, en fonction de notre échelle de valeurs.
Mais c’est aussi le cas de notre vie spirituelle. Récemment, à Banneux, une dame qui passait par la chapelle me disait : « moi, je n’ai pas souvent l’occasion d’aller à l’église, j’ai trop de choses à faire ». Trop de choses, oui. Trop de choses qui nous détournent de ce qui, pourtant, devrait être pour nous l’essentiel. Mais, bien sûr, tout cela dépend de l’importance que nous accordons à notre vie spirituelle ou, pour le dire autrement, de la place que nous donnons au Christ dans notre vie.
Les hymnes de la vigile nous donnaient tout le sens, toute l’importance même de cette fête de la Transfiguration, mais étions-nous à la vigile ? Avons-nous lu ces textes ? Les avons-nous médités ? Quel sens avons-nous donné à ces récits de Luc et de Matthieu (ceux qui sont lus à la vigile et à la liturgie), quel sens leur avons-nous donné pour notre propre vie ?
Bien sûr, on imagine. Pierre, Jacques et Jean, terrassés par ce qu’ils voient : Jésus transfiguré avec Moïse et Elie qui lui parlent. Mais, à nous, est-ce que ça nous parle ? Et ce que nous imaginons, n’est-ce pas seulement le souvenir que nous avons de l’icône de la fête ? Elle, au moins, est simple à retenir. Mais nous, dans tout ça ? Qu’est-ce que ça peut changer dans notre vie ?
Rien. Rien si nous nous limitons à cette image, rien, si nous célébrons une fête dont nous ne percevons pas le sens (si c’était le cas, nous serions bien plus nombreux ce matin). Mais si nous entrons – autant que nous le puissions – dans ce mystère, cela change tout.
Lorsque Jésus est transfiguré sur la Thabor, c’est bien sûr le fils de Dieu dans sa nature divine qui apparaît (du moins, là aussi, et comme le dit le tropaire de la fête, les « disciples contemplèrent ta gloire, ô Christ notre Dieu, pour autant qu'ils le pouvaient ») mais celui qui est transfiguré, c’est aussi le fils de Marie, qui, par elle, a pris nature humaine. Ainsi, c’est l’homme qui, en Lui, est transfiguré. Et quand on dit « l’homme », c’est de nous aussi qu’il s’agit.
Nous avons là, la préfiguration de ce qui nous est offert par le Royaume de Dieu et que les Pères appellent la « déification de l’homme ». Mais surtout, il nous est donné – par les sacrements, par la prière en Église et par-dessus tout par la célébration de la Divine Liturgie – il nous est donné de transfigurer le monde dans lequel nous vivons ; je veux dire, de lui donner un sens, de lui insuffler un esprit qui soit ceux de l’Évangile.
C’est peut-être aussi cela le sens des fêtes de notre calendrier liturgique : ce sont des moments où nous pouvons transfigurer le temps qui est le nôtre, vivre des moments en-dehors du temps, dans un autre temps, celui de l’Esprit et non plus de la matière : du travail, de l’argent, des soucis quotidiens.
Alors, comme un plongeur qui viendrait à la surface pour prendre une bouffée d’air, nous pouvons replonger dans notre univers de tous les jours, animés d’un esprit nouveau, mus par une force nouvelle qui nous donnera de pouvoir porter témoignage de cet être transfiguré que nous sommes, capable d’apporter au monde une lumière toujours renouvelée.
Au nom des valeurs humaines, de la morale, on peut vouloir changer le monde, le rendre meilleur, plus juste … Au nom de Jésus-Christ, il nous revient de transfigurer le monde en y portant le témoignage de l’Évangile et de cette vie nouvelle qui nous a été donnée pour la gloire de Dieu et le salut du monde.



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