12e dimanche après Pentecôte 2015 - Mt 19, 16-26

Le jeune homme qui vient trouver Jésus est riche. On nous dira même plus tard qu’il « avait de grands biens ». Par contre, il n’était pas satisfait, il pensait qu’il lui manquait quelque chose, quelque chose qu’il ne trouvait pas sur le marché, quelque chose que son argent ne pouvait pas lui permettre d’acquérir, quelque chose, même, qu’il ne trouvait pas à la synagogue : la vie éternelle.
C’est cela, nous dit le texte de Matthieu, qu’il veut avoir, qu’il veut posséder. Qu’est-ce que cela représente pour lui ? Au fait, qu’est-ce que cela représente pour nous ? Disons, la plénitude de la vie spirituelle. Et Jésus commence par le renvoyer à ce qu’il connaît : respecter les commandements, les préceptes de la loi de Moïse. Bien sûr, puisqu’il s’adresse à un Juif. Mais le jeune homme, qui lui répond peut-être un peu naïvement qu’il fait ça depuis sa jeunesse, n’est pas encore satisfait. C’est comme s’il pressentait qu’il peut y avoir plus encore. D’une certaine façon, le jeune homme riche est pauvre, pauvre spirituellement, mais s’en rend-il vraiment compte ? Accepterait-il de le reconnaître ?
Jésus ne s’embarrasse pas de ces questions. Il prend le temps de l’écouter. Comme il prend, toujours, aujourd’hui encore le temps de nous écouter. Il nous écoute et il nous parle. Oh ! Pas directement comme il l’a fait avec le jeune homme mais nous pouvons discerner sa parole pour autant que nous soyons ouverts, disponibles, humbles.
Mais le jeune homme, lui, se comporte en riche. « Que dois-je faire ? » demande-t-il.  Il pense sans doute que cette vie éternelle, on peut la gagner par des bonnes œuvres, aujourd’hui, on pourrait imaginer qu’on puisse payer une prime d’assurance, d’une assurance vie éternelle ! Comme à une certaine époque, dans l’Église catholique, on vendait des indulgences : vous payez autant et vos péchés vous seront pardonnés dans l’au-delà (en attendant, le fonds remplissaient les caisses du Vatican).
Mais bien sûr, rien de tout cela ici. « Que dois-je faire de bon ? » avait-il exactement demandé. Parce qu’il pensait peut-être que ce que l’argent ne pouvait permettre d’acquérir, les bonnes actions, les bonnes œuvres pouvaient faire l’affaire. Il pensait que, moyennant une certaine attitude, il aurait la capacité d’obtenir ce qu’il désirait. La fin de l’histoire nous montrera qu’il n’avait pas ce pouvoir. Que l’homme n’a pas ce pouvoir.
Car Jésus ne lui dit pas : donne de l’argent aux pauvres, verse au trésor du Temple, finance la synagogue. Si, il lui dit de donner aux pauvres, tout, tout ce qu’il a, tout ce qu’il aura vendu. Quelle exigence ! Et tout ça pour être parfait ! Autant dire que, une fois de plus Jésus demande l’impossible. Et le jeune homme tourne les talons. C’est trop pour lui. Le Seigneur qui « rassasie de biens les affamés, renvoie les riches les  mains vides ». La phrase est dans le magnificat.
Rassasié les affamés. Oui, Jésus a nourri les foules, ce sont les multiplications des pains, mais surtout Jésus nourrit de sa parole ceux qui sont affamés spirituellement, ceux qui ont faim et soif de l’éternelle vie. Et les riches partent les mains vides de cette vraie richesse parce qu’ils sont trop pleins de leurs avoirs, de leur argent, comme nous sommes parfois trop pleins, nous-mêmes, de nos idées, de nos jugements, de nos préjugés.
Ce serait pourtant si simple si Jésus avait dit au jeune homme riche : donne aux pauvres, au Temple, à la synagogue, fais tes ablutions rituelles, prie matin et soir, etc. Oui, ce serait bien plus simple si Jésus nous avait donné des consignes qu’on n’aurait plus qu’à suivre pour arriver au but.
Mais que nous dit-il ? Laisse-là tes soi-disant richesses et suis-moi. Jésus de demande pas de renoncer pour renoncer, pour faire un sacrifice, il ne demande pas de renoncer pour une idée, pour un idéal, pour quelque chose, il nous demande de renoncer pour quelqu’un : Lui. « Viens et suis-moi ».
Le suivre. Où ? Jusqu’où ? Dans quelles conditions ? Comment ? Pour faire quoi ? Les paroles de Jésus nous renvoient à notre propre questionnement, parce que Jésus nous traite en adultes, responsables. Il ne réfléchira pas à notre place, moins encore, il ne décidera à notre place. Il peut nous indiquer le chemin, il peut nous appeler, la réponse sera toujours la nôtre.
C’est peut-être cela aussi la grande liberté des enfants de Dieu.



Site web réalisé par Arnaud Simonis