Dormition – 2015

C’est bien connu, à Liège, le 15 août (dans le calendrier grégorien) est fêté de façon toute particulière dans le quartier autrefois populaire d’Outremeuse. Il y a une messe le matin (en wallon) et une procession, mais ces deux manifestations religieuses sont déjà bien empreintes du caractère folklorique qui va éclater l’après-midi en cortège et farandoles.
C’est aussi le moment où on fête les Marie qui habitent dans le quartier. Le jour où on décore les « potales », ces petites niches dans les façades des maisons dans lesquelles on a mis une statuette de la Vierge. Ici, c’est encore un peu de cette piété populaire qui s’exprime, un respect à la fois profond mais souvent un peu naïf pour Notre Dame, celle que nous appelons, nous, la Mère de Dieu mais que là on appelle la Vierge ou plus souvent encore, tout simplement, Marèye, Marie.
Et tout ça, le 15 août. Jour de la dormition de la Mère de Dieu, autrement dit, le jour de sa mort. Mais peut-être que l’appellation catholique de la fête explique cette joie qui l’entoure : l’Assomption. Ce que l’on célèbre, ce n’est pas la mort de Marie mais sa montée au ciel.
Cela dit, c’est la même chose pour nous. Sauf que l’Église orthodoxe n’en a pas fait un dogme, mais notre hymnographie ne parle que de cela et le kondakion en donne le sens : « Mère de la vie, Tu rejoins la Source de la Vie ». C’est pour cela que la dormition de Marie est une fête joyeuse, parce qu’elle coïncide avec – on pourrait dire – son ascension – si le terme n’avait pas été réservé à la montée du Christ lui-même.
Marie est reçue tout en gloire. « La Reine s’est présentée à ta droite, parée et revêtue d’un vêtement resplendissant d’or » proclame le prêtre en posant sur le discos (la patène) et à droite de l’agneau, la parcelle de prosphore qui représente la Mère de Dieu.
Celle qui, par son acceptation de la parole de l’ange a permis l’incarnation du Fils de Dieu, celle qui, par sa vie, sa fidélité, son humilité, son obéissance a accompli le destin qui devrait être celui de tout chrétien, celle-là est maintenant accueillie dans le Royaume de Dieu et reçoit la récompense – ou plutôt voit l’accomplissement de la promesse – que Dieu a réservée pour l’homme, en Jésus-Christ.
Nous avons, en elle, l’exemple éclatant de ces paroles de Jésus que nous venons d’entendre de l’évangile de Luc. À la femme qui, du milieu de la foule, lui disait : « heureuses les entrailles qui t’ont porté et les mamelles qui t’ont allaité ! » Jésus répond : « heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent ». En fait, on peut dire que tous les deux parlaient, notamment, d’une même personne : Marie.
Marie a écouté la parole, elle l’a gardé. Plus encore : elle l’a enfantée dans la nature humaine. Comme la sœur de Marthe, elle a choisi la meilleure part ou plutôt, elle l’a acceptée quand on la lui a proposée.
« La Mère de Dieu qui jamais ne se lasse d'intercéder pour nous et dont la protection ne pouvait cesser d'être notre espérance ne se laissa vaincre par la mort ni le tombeau, puisqu'elle est la Mère de la Vie et qu'elle a rejoint la Source de la vie » chante le kondakion de la fête. Mais cette gloire – comme celle manifestée par le Christ lui-même – ne concerne pas seulement que Jésus et Marie, elle est offerte à tous, à tous ceux qui croiront en Jésus-Christ, à tous ceux qui vivront en Christ et qui, dès lors, pourront se mettre sous la protection de sa Mère, devenue notre Mère.
D’une certaine façon, en Marie, la nature humaine a atteint sa fin, celle que nous connaîtrons tous, mais, avec Marie, c’est le genre humain qui est emporté et reçu au ciel. Bien sûr, il en est là de Marie ce qu’il n’en sera jamais de nous, mais reste l’exemple qu’elle est pour nous, l’exemple du destin de l’homme, l’être humain, bien sûr, homme ou femme, lorsqu’il se consacre entièrement et fidèlement à Dieu.



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