15e dimanche après Pentecôte – 2015 - Mt 22, 35-46

« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu et tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Ces deux commandements, dit Jésus reprennent toute la Loi et les prophètes. On pourrait dire aussi que c’est un des résumés possibles du message évangélique.
C’est évidemment une idée séduisante : l’amour qui mène le monde. Utopie vous dira-t-on ! Regardez comment vont les choses : les guerres, les meurtres, les viols, la violence, le racisme, la haine … Pourtant, la parole de Jésus est claire et son appel à aimer est sans réserve. Impossible dira-t-on encore.
D’emblée, viennent ces phrases toute faites : s’il y avait un Bon Dieu, il ne permettrait pas toutes ces horreurs. J’ai beau prier, rien ne se passe (sous-entendu, comme je l’aurais voulu). Et puis il y a tous ceux qui consacrent leur vie à Dieu et qui sont victimes d’injustices, de violences. Tiens, pensez aux chrétiens d’Orient … Ainsi, parfois, on a comme un ressentiment à l’égard de Dieu. Comment, alors, l’aimer de tout notre cœur, de toute notre âme et de tout notre esprit ?
Parfois, on se force : par obéissance, par intérêt, par peur aussi. Mais quelle est la valeur d’un tel sentiment, même si on dit que c’est de l’amour puisqu’il n’est pas un réel élan du cœur et surtout qu’il ne transforme pas complètement tout notre être.
C’est peut-être là le premier obstacle – que nous avons souvent dressé nous-mêmes – le premier obstacle à dépasser, la première chose à changer : notre relation à Dieu. Mais cela implique une transformation radicale en nous-mêmes qui nous fasse regarder autrement et Dieu et ceux que – en bons chrétiens – nous appelleront « notre prochain » mais dont nous sommes si loin et qui sont si souvent « les autres ».
« L’enfer, c’est les autres ». Cette citation est une des plus fameuses de Jean-Paul Sartre. Elle achève sa pièce de théâtre Huis Clos qui raconte  l’arrivée de trois personnages en enfer. Deux femmes et un homme. Ils se demandent ce qui a pu les amener là et quel sera leur châtiment. Mais il n’y a pas de feu éternel, de bourreau, car chacun des deux autres est le bourreau pour le troisième. Leur châtiment sera de vivre pour l’éternité tous les trois, ensemble.
Oui, quand on ne s’aime pas vraiment, l’autre peut être un enfer, mais nous pouvons être aussi un enfer pour les autres.
Mais de quel amour parle-t-on ? Celui des chansons, des romances ou des romans ? Celui du cinéma ? Celui qui ne dure que le temps d’un spectacle, le temps d’un rêve. Celui qui se fracasse sur les premiers écueils de la vie en couple ? Celui qui ne résiste pas à une nouvelle rencontre ? Bien sûr que non. Le coup de foudre finit souvent par un coup de tonnerre et celui qui tombe amoureux peut parfois se blesser gravement.
L’amour n’est pas un sentiment qui s’inscrit dans l’émotion, l’amour est un élan du cœur. Il ne se commande pas, il ne se construit pas. Il ne faut pas le confondre avec l’altruisme qui n’est qu’un penchant – déjà plus louable – à aider, à secourir les autres.
Si l’on veut dépasser tout cela, si l’on veut changer notre relation avec Dieu, si l’on veut changer notre relation avec les autres, il suffit de suivre Jésus. Il nous conduit vers un Dieu que nous pouvons appeler Père, un Père aimant, un Père attentif. Un Père qui, comme le rappelle la préface de la consécration dans la Divine Liturgie, « a aimé le monde jusqu’à donner son Fils unique afin que quiconque croit en Lui ne périsse pas mais qu’il ait la vie éternelle ».

Et ce fils unique, Jésus-Christ, est toujours présent parmi nous. L’Esprit qu’il nous a envoyé nous réconforte, nous anime, nous renforce, nous éclaire. C’est par Jésus-Christ, dans l’Esprit Saint, que nous pourrons entamer cette évolution exigeante d’amour de Dieu et du prochain. Et cet amour que nous manifesterons alors aux autres n’aura rien à voir avec celui qu’on peut lire ou chanter parce qu’il sera comme le reflet de l’amour divin qui nous habite.
C’est bien cela la vraie voie. Non pas de nous demander comment nous pouvons aimer mais de laisser l’amour de Dieu agir en nous et nous y préparer par la prière.
J’ai cité un philosophe, je terminerai par un poète : Louis Aragon. Ces quelques vers : « Rien n’est jamais acquis à l’homme Ni sa force, ni sa faiblesse ni son cœur et quand il croit Ouvrir ses bras son ombre est celle d’une croix ».
Sans le trahir, mais en faisant nôtres ces paroles, on peut dire, c’est vrai, si nous comptons sur nos propres forces, nous ne sommes pas grand-chose. Et l’ombre de la croix nous rappelle, certes, la mort de Jésus, mais aussi qu’il n’y a pas d’amour sans sacrifice.
Et pour vivre tout cela, nous n’avons qu’un seul recours : Jésus-Christ.



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