16e dimanche après Pentecôte – 2015 - 2Co 6, 1-10 – Mt 25, 14-30

Le maître confie son argent à ses serviteurs, comme il avait confié sa vigne à ses vignerons, avant de partir et puis de revenir. Comme le Christ a dit à ses apôtres et à ceux qui allaient devenir ses disciples : « Allez donc enseigner toutes les nations, […] leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit » avant d’ajouter « et moi, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde ». La fin du monde, le jour du retour, du second et glorieux Nouvel Avènement (comme nous le proclamons avant l’élévation lors de la Divine Liturgie).
Cette vigne qu’il nous remet, c’est sa création, sa terre et ses hommes. Ces talents qu’il confie, c’est sa Parole, son Évangile, son Esprit même qui devra nous permettre de faire fructifier ce qui nous est ainsi confié.
Mais tout cela ne nous est pas donné pour notre propre consolation spirituelle, pour notre propre bien. Le serviteur qui enterre le talent que son maître lui avait donné a agi par égoïsme et par peur. Il n’a pas osé prendre le risque de l’engagement, on pourrait dire le risque d’aimer, car l’amour – qui doit être un don de soi – n’est jamais sans risque.
Ce serviteur – que le maître dira « méchant et paresseux » – a enterré le talent. Mais la terre peut être féconde pour autant qu’elle soit travaillée, entretenue, arrosée, alors, elle donne du fruit. Mais, dit Jésus, « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. » Mourir à soi-même. Faire mourir ce vieil homme qui est en nous, pour reprendre les paroles de saint Paul. Se changer soi-même pour s’ouvrir à la parole de Dieu et pour le servir.
Mais l’homme reste libre. Il peut chercher à faire fructifier ses talents ou a les enterrer sous l’épaisse couche de son égoïsme, de son orgueil … il est libre, mais sa liberté est une liberté responsable : les choix ne sont pas sans conséquences. Et si le serviteur au seul talent traite son maître de dur et méchant, c’est qu’il projette sur lui son propre visage, c’est qu’il ne voit pas devant lui le visage du père, du Père aimant et miséricordieux.
Car, à son retour, le maître ne demande pas aux serviteurs de lui rendre son bien, il le donne. Mieux, il les convie à entrer dans sa joie. Entrer dans la joie de Dieu, être tout près de lui, c’est cela que nous appelons « le salut », c’est cela que les Père appellent la déification de l’homme.
Le salut vient de Dieu, c’est un don de sa grâce. Mais il requiert aussi l’implication, l’action de l’homme. On pourrait dire que, pour sauver le monde, Dieu a besoin des hommes, mais qu’il les a laissés libres, et que c’est là encore un signe de sa profonde humilité.
« Puisque nous travaillons ensemble à son œuvre, nous vous invitons à ne pas laisser sans effet la grâce reçue de Dieu. » Ces paroles, la première phrase de l’extrait de la seconde épître aux Corinthiens que nous venons d’entendre, est à la fois un résumé et une mise en pratique de la parabole des talents. D’autres traductions disent : « puisque nous sommes ses coopérateurs, nous vous exhortons encore à ne pas recevoir en vain la grâce de Dieu ». Coopérer, travailler ensemble. « Heureux les artisans de paix » dira Jésus, heureux aussi ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la mettent en pratique. À ses disciples, le Christ dira : « je vous ai choisis, et je vous ai établis, afin que vous alliez, et que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure ».
Ainsi, l’homme doit prendre une part active à l’œuvre de Dieu. À ses disciples, le Christ répète souvent : « n’ayez pas peur ». Osez. Osez aller vers les autres, osez porter témoignage, osez aimer.
À la fin de sa vie, un homme se présente devant Dieu et lui dit : regarde, je n’ai pas tué, je n’ai pas volé, regarde comme j’ai les mains propres. Mais Dieu lui dit : oui, mais elles ne sont pas usées par le travail, elles ne gardent pas les signes de ce que tu as donné, elles sont vides …
Le Seigneur nous a donné, à tous, à chacun d’entre nous, des talents. Chacun selon nos capacités. Il ne nous demande pas l’impossible, mais il nous fait confiance. À nous de les faire fructifier afin de nous entendre dire : « c’est bien, serviteur bon et fidèle, parce que tu as été fidèle en peu de choses, je t’établirai sur beaucoup, entre dans la joie de ton maître ».



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