Nativité de la Mère de Dieu – 2015

« Puisque la Vierge Mère de Dieu devait naître de sainte Anne, la nature n'a pas osé anticiper sur la grâce : la nature demeura stérile jusqu'à ce que la grâce eût porté son fruit » la phrase est de saint Jean Damascène et elle jette une lumière toute particulière sur la fête que nous célébrons aujourd’hui.
La grâce, c’est ici l’incarnation, la venue dans ce monde du Fils de Dieu fait homme. Fait homme par une femme, Marie, qui, tout en demeurant vierge, a enfanté celui qui allait apporter le salut au monde par une nouvelle naissance, celle de sa résurrection.
Avant cela, la nature, même tournée vers Dieu, même à la recherche du divin, malgré la Loi de Moïse, la nature était spirituellement stérile, en tout cas, inaccomplie.  Évoquant toutes les grandes figures de l’ancienne alliance, d’Abraham à Moïse, David ou Samuel, rappelant les prodiges mais aussi les souffrances et les errances des fils et des filles de l’antique Israël, l’apôtre Paul écrit (dans sa lettre aux Hébreux) : « eux tous, s’ils ont reçu bon témoignage grâce à leur foi, n’ont cependant pas obtenu la réalisation de la promesse. Puisque Dieu prévoyait pour nous mieux encore, ils ne devaient pas arriver sans nous à l’accomplissement ». Et cet accomplissement, c’est la venue du Christ qui, comme il le dira lui-même n’est pas venu pour abolir la Loi mais pour l’accomplir.
« La première alliance avait […] un rituel pour le culte et un temple terrestre » écrit aussi saint Paul, qui conclut : «  fondés sur des aliments, des boissons et des ablutions diverses, ce ne sont que des rites humains, admis jusqu’au temps du relèvement ».
Et ce temps, ce temps de l’incarnation, est en quelque sorte préfiguré par la naissance de celle qui permettra la venue du Fils de Dieu comme Fils de l’Homme : la nativité de Marie, celle que nous pourrons appeler Mère de Dieu, mère de notre Sauveur : Jésus premier-né d'entre les morts qui nous donne la vie par sa résurrection, Fils de Dieu donc personne divine, mais aussi fils de Marie, donc personne humaine. Et sa Mère, elle, sera la première parmi les êtres humains à partager avec Lui le mystère de la Résurrection, l’assomption en Gloire dans les Cieux et de la participation à la vie de la Sainte Trinité.
Ainsi, la stérilité d’Anne est-elle aussi comme une préfiguration de ce bouleversement essentiel que vont connaître les hommes : le royaume de Dieu leur sera ouvert, la foi portera désormais des fruits.
« La Mère et Vierge, tabernacle de Dieu, la Stérile vient de l’enfanter. » La phrase est extraite de l’hymnographie de la fête. Marie est née – on pourrait dire – d’un miracle, en tout cas, de la grâce de Dieu, d’un geste divin. Comme le sera aussi saint Jean-Baptiste, d’ailleurs. Mais si le Baptiste sera le Précurseur, Marie sera la mère.
C’est pourquoi la nativité de la Mère de Dieu est la première fête de notre calendrier liturgique. Oui, bien sûr, on la célèbre tous les 21 septembre. Mais ce n’en est pas pour autant le résultat d’un simple cycle, comme celui des saisons. C’est un événement chaque fois renouvelé, chaque fois vécu comme un moment de notre propre vie. Un moment que, d’année en année, nous pouvons vivre différemment, approfondissant à chaque fois le sens même de la fête.
Dimanche prochain, nous célèbrerons une autre fête, celle de l’Exaltation de la Sainte Croix. Ainsi, dès les premiers jours de notre année liturgique, nous voilà plongés dans le plus profond mystère de notre salut : celui du Dieu fait homme, crucifié pour nous, par sa mort ayant vaincu la mort pour nous donner l’éternelle vie.
Mais quelle place tout cela tient-il dans notre propre vie, maintenant, ici, sur terre ? On pourrait poser la question autrement : dans quel temps vivons-nous ? Le calendrier de notre existence est-il seulement calqué sur les jours de travail, des rendez-vous, les moments de loisir ou s’inspire-t-il aussi de ce temps essentiel qu’est le temps liturgique ?
Mais il ne suffit pas d’écrire dans notre agenda l’horaire des offices (ce qui est déjà pas mal), ce n’est pas là que ce temps liturgique, ce temps que Dieu a inscrit dans nos existences, ce n’est pas là qu’il doit s’inscrire mais bien dans nos cœurs, mais bien dans nos pensées.
C’est, en quelque sorte, l’esprit du temps ou l’esprit du Royaume.



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