22e dimanche après Pentecôte – 2015 - Lc 16, 19-31

Tout sépare les deux hommes. Dans la vie comme dans la mort. Le riche porte des vêtements somptueux, le pauvre n’a même pas de quoi bander ses plaies puisque les chiens peuvent venir les lécher. Somptueux sont aussi les repas du riche, tandis que le pauvre ne connaît que la faim.
Comme aujourd’hui ces 795 millions de personnes qui souffrent de la faim dans le monde, soit 1 personne sur 9 alors que nous, même s’ils ne sont pas toujours somptueux, nous avons de quoi faire au moins deux repas par jour.
On imagine le riche dans sa maison, devant une table bien garnie, le pauvre, lui, se trouve « près du portail ». Il est dehors. Pas de ça chez moi, aurait pu dire le riche !
Pas de ça chez nous, ont hurlé des habitants d’un petit village de Wallonie alors qu’on annonçait l’ouverture, près de chez eux, d’un centre d’accueil pour les réfugiés. Des gens qui ont fui la misère et les combats, qui ont survécu à une traversée au cours de laquelle, presque chaque jour, des hommes, des femmes et des enfants, périssent noyés. Des gens qui, aujourd’hui, se retrouvent derrière les murs, les clôtures, les barbelés dont l’Europe est en train de se hérisser pour les empêcher de passer alors que les pays dans lesquels ils se trouvent sont incapables de les accueillir, si ce n’est dans des camps improvisés où ils vivent dans des conditions inhumaines.
« Tu as reçu tes biens pendant ta vie » dit Abraham au riche. Tout est donc un don de Dieu. Dans le récit de la Genèse, on voit Dieu confier à à l’homme sa création, il lui dit de « cultiver et garder la terre » (Gn 2, 15), et le Christ dira, nous dira, qu’il faut être des « intendants fidèles et prudents » de ce monde qui nous entoure (Lc 12, 42).
Un monde qui nous est ainsi confié, mais qui n’est pas notre possession. « Depuis la création, explique le patriarche Bartholomé dans une récente conférence, ce monde a été offert par Dieu comme un don devant être transformé et rendu avec gratitude. C’est pour cette raison que la spiritualité orthodoxe rejette la domination du monde par l’humanité. Car si ce monde est un mystère sacré, alors il doit être préservé de toute tentative de domination par les hommes ».
Il s’explique : « L’exploitation illimitée des ressources naturelles conduit au consumérisme qui est si caractéristique de notre monde contemporain ainsi transformé en société de convoitise. En effet, celui-ci ne consiste pas à satisfaire les besoins vitaux de l’homme, mais ses désirs sans cesse grandissants et sans fin que cultive notre société de consommation, qui fait de la richesse une idole et qui promeut l’acquisition et l’accumulation de biens. L’exploitation des richesses naturelles qui découle de l’avarice et de la luxure, et non de besoins vitaux, crée un déséquilibre dans la nature qui n’arrive plus à se renouveler, comme en témoigne les problèmes de la surpêche, de surproduction agricole, de déforestation et de désertification. Une telle surexploitation des ressources naturelles non seulement reflète un manque d’intelligence, mais constitue également un grave problème éthique ».
Mais l’homme a toujours voulu dominer le monde. Comme Adam a voulu goûter du fruit défendu. C’est ce que nous appelons le péché originel et qui nous sépare de Dieu ; comme cet abîme qui sépare le riche dans le séjour des morts du pauvre Lazare dans le sein d’Abraham. Un abîme qui nous sépare de Dieu. Un abîme infranchissable. Jusqu’à ce que le Fils de Dieu jette un pont, rende de nouveau possible le lien entre l’homme et Dieu, entre Dieu et l’homme. Et il indique le chemin : il EST le chemin, comme il est la vérité et la vie. Et c’est durant notre vie que nous pouvons ainsi changer de côté. Passer de la mort à la vie.
Mais cela dépend donc de notre relation à Dieu, mais aussi au monde, à cette création qui nous est confiée : la terre, mais aussi les hommes.
Aux débordements de la société de consommation, le patriarche Bartholomé rappelle toute la vertu de l’ascèse. Un mot oublié, un mot rejeté et pourtant une valeur fondamentale : celle de baser sa vie sur ses besoins fondamentaux et non sur ses désirs ou ses caprices, celle de se donner une règle de vie pour aller vers un but : le Royaume de Dieu, la Vie éternelle.
Et chacun d’entre nous, même pour un peu, même de façon très modeste, peut-être même sans le savoir, chacun d’entre nous peut (et doit) porter ce témoignage, le force de cette Parole, pour son propre salut mais aussi pour le salut du monde.



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