23e dimanche après Pentecôte – 2015 - Eph 2, 4-10 - Lc 8, 26-39

Lorsque les démons entrent dans les porcs comme Jésus le leur a permis, « du haut de l’escarpement, le troupeau se précipita dans le lac et s’y noya ».
L’homme que Jésus rencontre au pays des Gadaréniens et qui était possédé de démon était-il encore vraiment un homme ? « Il ne portait pas de vêtements, il n’habitait pas non plus dans une maison, mais dans les tombeaux ».
Lorsqu’il raconte la dernière Cène, le dernier repas pris par Jésus avec ses apôtres, et qu’il évoque la sortie de Judas, l’évangéliste note : « il faisait nuit ». Les ténèbres. « Satan est entré dans Judas », note encore saint Jean. Et l’apôtre félon, voyant la tournure des événements, alla se pendre. La mort.
Le mal mène à la mort. C’est le sort des cochons, c’était aussi, d’une certaine façon, celui de cet être qui n’était plus lui-même et qui vivait parmi les défunts. Il n’y a pas d’autre issue.
Si ! « Dans l’abondance de sa miséricorde, à cause du grand amour dont il nous a aimés, nous qui étions morts par suite de nos fautes, Dieu nous a fait revivre avec le Christ ». Mais cette mort dont parle l’apôtre Paul dans on épître aux Éphésiens n’est pas la fin de vie, mais cette vie qui n’en est pas une, l’absence de la vie, de la vraie Vie.
Le démoniaque est allé vers Jésus. Judas n’a pas imaginé que le Christ ait pu lui pardonner.
Aujourd’hui, toutes ces considérations peuvent nous paraître bien lointaines. Ce sont des histoires qu’on se raconte, des histoires édifiantes, certes, mais qui nous sont comme étrangères : parler de démons, de possédés …
Mais nous avons pourtant en nous ce que j’appelle souvent « nos vieux démons », ces traits de caractères dont on ne peut se débarrasser, ces attitudes que nous sommes prêts à considérer comme des défauts, tout en disant immédiatement qu’il faut bien vivre avec.
Vivre avec, mais vivre comment ? C’est à ce point parfois que, comme Judas, nous ne voyons pas ce qui pourrait nous être donné, à ce point aussi qu’il nous arriverait de dire comme le possédé « que me veux-tu Jésus […] je t’en prie, ne me tourmente pas ! » parce que rencontrer le Christ comme nous avons pu le rencontrer dans notre propre vie et chercher à la suivre, cela entraîne de nécessaires changements en nous, jusqu’à devoir faire périr le troupeau de nos propres péchés.
Car ils sont bien là nos « vieux démons », et, d’une certaine façon, ils nous possèdent. C’est l’orgueil, l’avarice, la critique des autres, leur rejet, c’est l’égoïsme, la jalousie … on est autoritaire, intolérant … Etc. Etc.
S’ils pouvaient parler, nos « vieux démons » diraient comme ceux du Gadarénien que leur nom est Légion.
Mais pourtant, la parole résonne : « vous êtes sauvés ». Sauvés par la grâce. Libérés de nous-mêmes. Car nos « vieux démons » n’étaient pas des suppôts de Satan mais des choses qui étaient bien en nous et que nous avions parfois bien gardées parce que c’était « notre caractère ».
Une fois guéri, l’homme dont les démons étaient sortis demanda à Jésus de le garder avec lui, mais Jésus « le renvoya en disant : retourne chez toi et raconte tout ce que Dieu a fait pour toi ! »
Oui, c’est parfois tout simplement parmi nos proches, parmi les nôtres que nous devons porter témoignage. Mais avons-nous d’abord conscience de tout ce que Dieu a fait pour nous ? Sinon, quel témoignage pourrions-nous porter ? Celui de nos croyances, de nos histoires qu’on se raconte, de nos rituels ?
« C’est par la grâce que vous êtes sauvés, à cause de votre foi » écrit encore saint Paul. Mais quelle est notre foi ? Lorsque nous invoquons le Christ notre cœur est-il tout brûlant comme celui des pèlerins sur le chemin d’Emmaüs alors que Jésus leur parlait ?
Que de questionnements, n’est-ce pas, au départ d’une histoire qui, pourtant, nous paraissait étrangère mais qui, finalement, nous renvoie au plus profond de nous-mêmes, qui nous interpelle comme le Christ lui-même nous appelle sans cesse de la mort à la vie.



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