Entrée au temple de la Mère de Dieu – 2015

À Banneux

L’entrée au temple de la Mère de Dieu est une icône. Celle de la fête que nous célébrons aujourd’hui où l’on voit les parents de l’enfant, Joachim et Anne, l’amener devant le grand prêtre Zacharie. Mais surtout, et au-delà de toutes les histoires, tout le merveilleux, toutes les légendes parfois, l’icône d’une vie chrétienne.
Entrer au temple, pour Marie, c’était, comme on dirait aujourd’hui, entrer au monastère ou dans une communauté, autrement dit, consacrer sa vie à Dieu. Et même les histoires, le merveilleux ou les légendes que l’on peut raconter autour de cette jeune Vierge, ne sont que des épisodes qui soulignent cet engagement, cette disponibilité, ce don de soi.
Marie est elle-même l’icône de la vie en Dieu. Une vie au temple rythmée par le travail (on dit qu’elle était chargée de filer la pourpre – image de la fileuse, du temps qui passe mais aussi d’une certaine continuité – de réaliser ce voile du temple qui sépare le saint des saints, ce voile qui se déchirera en deux lorsque Jésus mourra sur la croix).
Une vie toute en confiance : « qu’il me soit fait selon ta parole » répond-elle à l’archange Gabriel lors de l’Annonciation ; « tout ce qu’il vous dira, faites-le » intime-t-elle aux serviteurs de la noce de Cana.
Les contemporains de Jésus n’ont sans doute pas mesuré toute l’importance de Marie. Elle est à peine citée dans quelques passages des évangiles, juste évoquée parmi ceux qui se réunissent pour prier, dans les Actes des apôtres. Parce que c’était une femme ? Peut-être. Plus certainement, parce que les premiers disciples de Jésus voulaient d’abord transmettre la parole de leur Maître, cette Bonne Nouvelle qu’Il leur avait dit de porter jusqu’aux limites du monde.
Aujourd’hui, nous voyons la place de Marie dans toute l’histoire du salut. De l’Incarnation, bien sûr, puisqu’elle accepte d’être la mère du Sauveur, de donner à la nature divine du Fils de Dieu une nature humaine. « Par elle, Dieu s’approprie ce qui par nature lui était étranger », chantons nous au lucernaire des grandes vêpres de la Nativité de la Mère de Dieu.
Mais Marie ne fut pas qu’une sorte de mère porteuse, un simple instrument dont Dieu se serait servi pour réaliser son dessein vis-à-vis de l’homme. Elle est, elle-même, participante de ce projet divin. Les paroles du vieillard Siméon accueillant Jésus au Temple sont révélatrices, et c’est à la mère qu’il s’adresse : « un glaive te transpercera l’âme, ainsi seront dévoilés bien des cœurs ».
Marie voit mourir Jésus mais elle vit aussi au plus profond d’elle-même la souffrance du Christ : les deux tranchants du glaive dont parlait Siméon. Et face à ces tourments, bien des cœurs, en effet, seront dévoilés : les larmes des femmes, la fidélité de Jean, la peur des autres, la trahison de Pierre, et nous …
Peut-être oserai-je cette forme de parabole : on ne sait si Marie, à Bethléem, a connu les douleurs de l’enfantement, mais on sait ses tourments au pied de la croix du Golgotha, et c’est dans ces souffrances que va naître une humanité nouvelle, celle de la révélation et du salut en Jésus-Christ.
Car, être chrétien, n’est-ce pas – d’une certaine façon – laisser la Parole s’incarner en nous, le Christ vivre en nous, afin que nous devenions de hommes nouveaux, porteurs de Dieu, par la grâce du Saint-Esprit.



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