26e dimanche après Pentecôte – 2015 - Lc 12, 16-21

L’évangile que nous venons d’entendre et qui nous raconte l’histoire de cet homme dont les terres avaient beaucoup rapporté peut nous interpeller d’une façon toute particulière aujourd’hui, à la veille de l’ouverture à Paris d’une réunion internationale que l’on dit d’une importance capitale et au cours de laquelle on va discuter environnement, réchauffement climatique, écologie …
C’est une réunion préparée par des experts, mais surtout une réunion politique au cours de laquelle on verra les plus forts négocier leur droit de polluer tandis qu’on soulignera toute l’importance pour vous et moi de mettre les déchets verts dans la poubelle verte, les bouteilles dans les bulles à verres, les papiers dans des boîtes en carton, les plastics dans les sacs bleus et le reste dans la poubelle grise.
Quel rapport me direz-vous avec la parabole d’aujourd’hui ? Peut-être, d’abord, cette phrase : « je dirai à mon âme, tu as quantité de biens […] réjouis-toi ». Comme si le bonheur ultime venait de cette possession.
Or, c’est ce que nous distille au rythme de tous les spots publicitaires notre société d’aujourd’hui : vous serez heureux si vous mangez ceci, buvez cela ou possédez telle voiture, portez tel vêtement …
Si l’homme dont les terres ont beaucoup rapporté a sans nul doute commis la faute de confondre une certaine aisance matérielle à une sorte de plénitude spirituelle, le problème de notre société est qu’elle a établi cette pensée en valeur essentielle, c’est ce qu’on appelle le consumérisme ou encore la société de consommation. Et c’est là qu’il y a une divergence essentielle entre la démarche écologiste et une vision chrétienne du monde.
D’abord, parce qu’on ne parle pas du monde, mais de la création, donc d’un don de Dieu. Un don que Dieu a confié à l’homme. Et que, contrairement à certaines conceptions écologistes précisément, pour nous, l’homme n’est pas qu’un des éléments de ce qu’on appelle l’écosystème. Mieux, pour Saint Grégoire de Nazianze, l’homme est un trait d’union entre la création et le Créateur, entre le monde matériel et le monde spirituel. Ainsi, notre spécificité chrétienne s’exprime dans notre conception même du monde et non pas – comme ce sera le cas à Paris – dans la recherche de solutions politico-économico-écologiques.
Ensuite, parce que la recherche de désirs de plus en plus grands et de plus en plus exacerbés pour le meilleur profit des sociétés multinationales, conduit à une surexploitation de la nature, de la création. « Nous pourrions considérer que le « péché d’Adam » a consisté à refuser l’environnement naturel en tant que don de communion entre Dieu et ses créatures, et à n’y voir qu’un objet d’exploitation pour la satisfaction de désirs non maîtrisés » disait le patriarche Bartholomé dans une conférence à Paris.
Et d’ajouter : « L’exploitation des richesses naturelles qui découle de l’avarice et de la luxure, et non de besoins vitaux, crée un déséquilibre dans la nature qui n’arrive plus à se renouveler
Afin de remédier à la surexploitation des ressources naturelles qui mine notre planète et engendre sa pollution, la vision sacramentelle de la création invite l’homme à revenir à un mode de vie « eucharistique » et « ascétique », ce qui veut dire être reconnaissant, rendre grâce à Dieu pour le don de la création en étant un intendant respectueux et responsable de la création. »
Et c’est là, on le comprend, toute la différence avec le discours écolo traditionnel. C’est là aussi que l’on peut retrouver – et s’est aussi d’actualité pour nous qui commençons notre carême de Noël – toute la valeur du jeûne.
« Le jeûne, dit encore le Patriarche Bartholomé, implique un sens de liberté. Le jeûne est une façon de ne pas vouloir, de vouloir moins, et de reconnaître les besoins des autres. Par l’abstinence de certains aliments, nous ne nous punissons pas, mais nous nous rendons plutôt capables de reconnaître la valeur adéquate de chaque aliment. De plus, le jeûne implique la vigilance. En faisant attention à ce que nous faisons, à la nourriture que nous prenons et à la quantité de ce que nous possédons, nous apprécions mieux la réalité de la souffrance et la valeur du partage. »
Tout ce que l’homme de la parabole dont les terres ont tant rapporté a délaissé, a oublié, qui dit à son âme « réjouis-toi pour les biens matériels » plutôt que de rendre grâce à Dieu pour ce qui lui est ainsi donné.
Tout ce qui nous est ainsi rappelé non pour sauver la planète mais pour sauver et gérer « comme des intendants fidèles » la création qui nous a été confiée, mais aussi proclamer la Parole de Dieu qui, réellement, est la vie des hommes appelés à s’enrichir en vue de Dieu plutôt que thésauriser pour eux-mêmes.



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