Homélie pour un moment difficicle pour l'Archevêché

« L’Orthodoxie est l’Église du Christ sur la terre. L’Église du Christ n’est pas une institution, elle est la vie nouvelle avec et dans le Christ, mue par l’Esprit Saint ». Ce sont là les deux premières phrases du livre du père Serge Boulgakov « L’Orthodoxie ». On pourrait dire : c’est beau. On pourrait dire : c’est une utopie. Et pourtant, c’est sans doute là la plus belle expression de la réalité spirituelle de ce qu’est l’Église du Christ.
Mais comme le Christ s’est fait homme, l’Église est aussi – pourrait-on dire – incarnée. Si elle est comme la préfiguration d’un autre monde, si elle est comme le témoignage, l’annonce du Royaume de Dieu dans le monde, elle vit, elle existe, elle exerce son ministère dans le monde. Nous avons une hiérarchie, une organisation, des règles, des rites, bref, une institution quand même. Car l’Église n’est pas qu’une vérité spirituelle, elle se vit aussi selon des normes qui nous sont propres, selon des règles des hommes. C’est ce caractère que l’on qualifie de divino-humain et qui caractérise la réalité ecclésiale dans laquelle nous vivons.
Et parfois, l’humain semble prendre le pas sur le divino. C’est alors qu’il nous faut prendre la mesure de toute la valeur, la profondeur et la vérité des choses. Si nous nous laissons aller aux intrigues, aux vengeances, aux critiques ou aux jugements, aux commentaires non maîtrisés, nous devenons prisonniers des idées, des attitudes du monde, des manières du monde, c’est de la politique et non un engagement chrétien, c’est totalement étranger aux agissements en Église et ça peut être délétère voire inspiré du Malin.
Agir en Église, c’est vivre de cette vie nouvelle avec et dans le Christ, par l’Esprit Saint. Cette vie, c’est le Christ lui-même qui en est le chemin, la vérité. Si nous quittons ce chemin au nom de nos propres vérités, nous nous égarons dans nos propres errements de notre orgueil, notre ambition, notre égoïsme parfois.
C’est ainsi que notre Archevêché a connu des moments difficiles et aujourd’hui une situation sans précédent. Mais cela, il serait vain de le commenter : les uns voudront y trouver des raisons de penser comme ils pensent, les autres vous diront « qu’il n’y a qu’à … ». Mais les hypothèses, les supputations, les tentatives d’analyse tout comme les déclarations d’intention, les revendications ne sont que des expressions de la vanité des choses. La première attitude est sans conteste d’avoir l’humilité de l’accepter. Alors, nous pourrons retrouver ce que nous avons de plus vrai, de plus opérant, de plus fort même : la prière, celle qui peut nous ouvrir à discerner et accomplir – par la grâce qu’il nous donne – la volonté de Dieu.
Et puis, sans doute, tout cela nous dépasse. Quoique nous fassions, quoique nous disions, nous n’avons pas vraiment prise sur les événements. Mais là aussi, nous devons retrouver une vérité essentielle : la paroisse.
Si on pense à l’institution, à l’organisation ecclésiale, la paroisse est une petite entité. Si on pense à une communauté corps du Christ, la paroisse a la plénitude de l’Église. Certes, pour nous, la paroisse apparaît comme un lieu de prière, un lieu de rencontre, de convivialité, de fraternité. C’est avant tout, une communauté ecclésiale, c’est l’Eglise. Car rien ne manque à la paroisse pour qu'elle soit l'Eglise. Partout où se trouvent le peuple de Dieu, le ministère sacerdotal et le saint Autel, se trouve aussi l'Eglise. Or la paroisse possède en vérité ces trois biens : ce sont les chrétiens avec leur prêtre qui, au nom de l'Evêque, célèbre la Divine Liturgie. La Divine Liturgie, l’eucharistie, qui est le fondement même de l’Église du Christ. Et la paroisse est notre monde, notre univers spirituel. Avec nos prêtres, nos diacres, tous ceux qui servent autour de l’autel, avec vous, les fidèles, concélébrant par vos prières, votre amen au crédo ou lors de l’épiclèse sur les saints dons, nous façonnons ce monde, nous lui donnons une ambiance, un ton, une richesse, une ouverture, une force qui fonde notre témoignage. Mais nous pouvons aussi tout gâcher, tout délaisser, tout détruire …
Car aussi, il y a nous, chacun de nous. Et c’est en nous – d’abord – que doit s’incarner la Parole de Dieu, c’est dans nos cœurs que doivent croître les vertus évangéliques, c’est notre âme qui doit baigner dans la lumière de la grâce divine. Alors, nous ne nous inquièterons plus de savoir de quoi demain sera fait, nous chercherons d’abord « le Royaume de Dieu, et sa justice », et tout le reste nous sera donné par surcroît.



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