Dimanche avant Noël – 2016

Les chalets des villages sont démontés ; les guirlandes dans les rues apparaissent déjà comme d’un autre temps ; on se remet enfin des excès des  réveillons et nous, nous nous préparons à célébrer Noël. Pas celui des festins, des traditions et des contes populaires mais cette fête que, plus justement, nous appelons « la naissance selon la chair de notre Seigneur Jésus-Christ ».
L’événement est historique : c’est à partir de lui que nous comptons les années de notre calendrier. Et si on l’a entouré de toute cette féérie, c’est peut-être parce qu’en fait, on ne l’a jamais compris. On a remplacé le mystère par la magie.
Car Noël est un mystère. Quand Marie demande à l’ange : « Comment cela se fera-t-il, je ne connais point d’homme ? L’ange lui répondit : le Saint-Esprit viendra sur toi, et la puissance du Très Haut te couvrira de son ombre ». Et voilà que nous venons d’entendre la « généalogie de Jésus-Christ, fils de Dieu, fils d’Abraham » dans l’évangile de saint Matthieu, généalogie qui descend donc d’Abraham à Joseph, qui épousa Marie. L’évangéliste Luc, lui, propose une autre généalogie qui remonte, elle, de Joseph à … Adam. Ajoutant après celui-ci ces trois mots : « fils de Dieu ».
On le voit, les textes de l’Ecriture, au lieu de résoudre le mystère semblent l’épaissir plus encore et posent autant – sinon plus – de questions qu’ils ne donnent de réponses.
On peut dire : oui, Jésus a une mère mais il a aussi un père. Et donc, ce n’est pas Joseph mais le Très-Haut, Dieu lui-même par l’action de l’Esprit Saint. Comme je le dis souvent de façon familière : Jésus est donc homme par sa mère et Dieu par son Père. Donc, il est Jésus et Christ, il est de deux natures en une seule personne, pleinement Dieu et pleinement homme. Ce qui est dans doute ce que cherchent à expliquer les récits qui entourent la naissance selon la chair de notre Seigneur Jésus-Christ.
Comme je le disais, Noël est un événement historique. Un événement qui s’inscrit dans l’histoire des hommes. Un événement qui concerne les hommes dans ce qu’il y a de plus profond, de plus essentiel. Mais si Jésus vient au monde (dans tous les sens du terme), s’il se conforme aux règles du monde (à commencer par le recensement, la circoncision, la présentation au temple avec l’offrande pour le sacrifice, etc.) il ne sera jamais « de ce monde ». C’est le message qu’il laissera à ses disciples : vous êtes dans le monde mais vous n’êtes pas de ce monde.
Nous ne sommes pas de ce monde parce que nos valeurs, nos vérités ne sont pas celles du monde. Le langage que nous parlons au monde, pour beaucoup, le monde ne peut toujours pas le recevoir, le comprendre, et avant tout l’accepter. Et pourtant, nous devons parler au monde selon notre langage, sans chercher à plaire, sans le réduire ou le modifier pour qu’il ne soit plus « dérangeant », nous devons témoigner devant le monde, quels que soient les risques : être jugés ridicules ou, comme nos frères d’Orient, mourir dans les décombres de nos églises.
Autour des principales églises catholiques de France, les messes du 24 décembre se sont déroulées sous haute protection policière. Et l’image même avait – selon moi – quelques chose de dérangeant, même d’insupportable : le message de Noël « paix sur la terre et bienveillance envers les hommes », ce message d’amour et de paix a été proclamé dans un entourage hommes armés et cagoulés, ayant parfois le doigt sur la gâchette. Prêts à tuer.
Mais peut-être que, précisément, cette image nous interpelle parce qu’elle montre bien cette différence fondamentale entre le message évangélique et cette vie du monde qu’il doit pourtant interpeller. Le monde a ses réalités, nous avons – nous devons avoir – la force de notre foi.
Il ne s’agit pas de convaincre (ce serait encore placer notre démarche dans une considération du monde), il ne s’agit pas – et moins encore – d’imposer. « On verra que vous êtes mes disciples à ce que vous vous aimez les uns les autres » avait dit Jésus. Il n’avait pas donné d’autres consignes. Sauf à ceux dont il avait fait des apôtres : « allez enseigner toutes les nations, les baptisant et leur apprenant tout ce que je vous ai prescrit ». Et c’est à nous qu’il revient aujourd’hui d’être ses témoins.
Noël a inauguré une ère nouvelle, et pas seulement pour nos calendriers. Noël a inauguré un temps nouveau, celui que nous disons des derniers temps. Mais avons-nous, nous-mêmes, intériorisé – sans pouvoir, c’est vrai, le comprendre vraiment – ce mystère de Noël.
Et si, comme le disait le père Alexandre Men – qui a payé de sa vie le témoignage de sa foi – le christianisme ne faisait que commencer ?



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