Dimanche après Noël-2016 - Gal 1, 11-19 – Mt 2, 13-23

C’est extraordinaire, non ? Dieu qui s’est fait homme pour sauver le monde doit commencer par se sauver, prendre la fuite, le chemin de l’exil face à la violence des hommes ! C’est que – contrairement à toutes les divinités des panthéons païens – n’est pas venu en force, il n’est pas venu s’imposer, il n’a pas, lui, proclamé une parole qu’il a voulu répandre par la force des armes et la guerre dite sainte, il a choisi l’humilité, la plus basse des conditions. Il est né dans une grotte, une étable, installé dans une crèche.
Il n’y avait pas de place pour lui dans l’hôtellerie – serait-ce une comparaison trop hasardeuse que d’y voir l’actuelle image de notre société de consommation où l’on voudrait tant qu’il n’y ait plus de place pour Dieu ?
La violence, elle, sera toujours présente dans sa vie : de la fuite en Egypte, la prophétie de Siméon à Marie : « un glaive te transpercera le cœur », les menaces – en actes et en paroles – contre Jésus alors qu’il prêchait dans les synagogues. Jusqu’à sa mort infamante sur la croix.
« Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre : je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée (Mt 10, 34) dira-t-il lui-même. Pourtant, il ne faut pas s’y tromper : « tous ceux qui prendront l'épée périront par l'épée » (Mt 36, 56) affirmera-t-il à Pierre aux Jardins des Oliviers.
La violence ne vient pas de Dieu ; elle ne peut pas venir de ses disciples. Mais la venue de Dieu sur terre est une rupture fondamentale, le tranchant n’est pas celui du glaive mais de la Parole. Une Parole qui s’adresse au cœur, donc, qui ne peut s’imposer par la force. Dieu, comme nous-mêmes, ne pouvons contraindre personne à nous aimer. Une Parole qui s’adresse à l’âme, donc, qui ne pourra chercher à convaincre. Une Parole que l’on peut découvrir, qui peut toucher, jusqu’à changer fondamentalement notre vie, mais une Parole qui peut aussi se révéler, et pas nécessairement à ceux auxquels on penserait tout naturellement. Le témoignage de saint Paul dans cet extrait de sa lettre aux Galates en est un exemple éclatant.
Il nous rappelle aussi – et c’est essentiel ! Tellement essentiel qu’on a souvent tendance à ne plus y penser – que « l’Évangile […] n’est pas d’humaine composition, […] mais […] une révélation de Jésus-Christ ». (Gal 1, 11-12). Cette révélation, elle a été donnée à Saul sur le chemin de Damas, à nous, elle est proposée dès le début de notre vie, mieux, elle est comme « mise en nous » par le baptême. Reste à voir si, comme pour Saul devenu Paul, elle a changé fondamentalement notre vie …
Mais pour l’heure, en tout cas, selon les événements, les paraboles, les miracles qu’égrène notre calendrier liturgique et ses fêtes annuelles, Jésus, fils de Dieu, fils de Marie, prend le chemin de l’exil, conduit pas son père adoptif Joseph et – semble-t-il – son demi-frère Jacques. Une image – rare dans les Écritures – de ce qu’on appelle généralement « la Sainte Famille ». Y compris Jacques, qui sera le premier évêque de Jérusalem.
Bien sûr, on est tenté de mettre en parallèle ce passage de l’évangile, avec la situation actuelle où l’on voit – à nouveau – des chrétiens (et des autres) prendre le chemin de l’exil pour fuir la guerre et la violence. Mais on voit aussi, comme le patron de l’auberge qui ferme la porte au nez de Joseph et Marie, l’Europe construire des murs, des barricades de barbelés, pour empêcher (et j’ouvre beaucoup de guillemets) « ce flot de réfugiés venus nous étouffer » et évoquer cette parole malheureusement définitive mais nullement charitable : « on ne peut pas accueillir toute la misère du monde ». Sous-entendu : restez chez vous pour crever.
Et nous, nous sommes dans la fête. Cette période entre Noël et Théophanie est une période durant laquelle le jeûne est suspendu, où nous nous retrouvons avec les enfants autour du sapin de ëlka pour accueillir dedouchka marost et ses cadeaux … Vraiment, nous vivons dans un autre monde.
Oui, nous vivons dans un autre monde, mais c’est peut-être cela notre réalité, ce doit être cela notre réalité. Sinon, nous sommes comme les autres : soucieux de notre confort, de nos revenus, de notre patrimoine …
Autour de ëlotchka, nous retrouvons la simplicité de l’enfance (« si vous ne devenez comme les petits enfants, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux. » Mt 18, 13) nous retrouvons aussi tout le plaisir du don, de la charité – et quand on dit charité, il ne faut pas penser seulement à ce mendiant qui tend la main et dont on se demande si c’est pour boire, pour manger ou se droguer – « toutes les fois que vous avez fait ces choses à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous les avez faites ». (Mt 25, 40)
Alors, quand vous rentrerez chez vous, après la liturgie, après la fête, mettez-vous devant un miroir et regardez-vous, et dites-vous : ai-je fait tout cela ? Que suis-je par rapport à tout cela ? Et ce sera peut-être le commencement d’une vie nouvelle.



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