Dimanche après Théophanie – 2016 - Eph 4, 7-13 – Mt 4, 12-17

« Repentez-vous, car il est proche le royaume de Dieu ». C’était aussi le sens de la prédication de Jean-Baptiste. Jean vient d’être arrêté, Jésus va dans un lieu plus sûr : Capharnaüm où il va commencer à prêcher la Bonne Nouvelle. Mais avant de semer, il faut préparer le terrain et cette préparation concerne bien sûr non la terre mais le cœur même de l’homme. Cette préparation que Jésus demande tient donc en un mot : le repentir.
Encore un terme que notre monde n’est guère prêt à entendre, parce qu’il est exigeant, qu’il demande des efforts, mais aussi parce qu’on ne le comprend plus, ou on le comprend mal, on ne sait plus ce qu’il veut dire, quel est son sens spirituel profond.
Parler de repentir, c’est évoquer bien souvent le regret d’avoir commis une faute, un péché (encore un mot qu’on n’aime pas aujourd’hui parce qu’il apparaît comme moralisateur, culpabilisant). La culpabilité, se sentir coupable, encore un sentiment que l’on met sous le terme de repentir. Ou alors, c’est cette émotion : la peine d’avoir fait mal aux autres, ou à soi-même. Rester à cette conception du repentir nous enferme plutôt que de nous libérer.
Or, c’est bien de libération qu’il s’agit. L’idée que l’homme était esclave du péché mais rendu libre par Jésus-Christ se retrouve bien souvent dans les épîtres. Pour bien comprendre ce dont on parle quand on prêche le repentir, il faut faire un retour à une langue d’origine de l’écriture : le grec et au mot metanoïa que l’on peut traduire en français par repentir mais qui signifie plus exactement : conversion, changement d’esprit.
Ce n’est pas un regret – moins encore un rejet – du passé. Ce n’est pas une attitude qui repose sur l’émotionnel, ce n’est pas non plus une forme de remords ou d’apitoiement sur soi. C’est une vraie, une profonde transformation intérieure. Ce n’est pas non plus un acte unique : je me repends, je me confesse, je reçois l’absolution et hop, terminé. C’est une attitude de tous les jours qui, loin de nous laisser dans l’impasse de notre condition, nous donne une forme de consolation qui débouche sur la plus grande espérance.
C’est, en quelque sorte, la réalisation de ces paroles du prophète Ezechiel (36, 26) « Je vous donnerai un cœur nouveau, et je mettrai en vous un esprit nouveau ; j'ôterai de votre corps le cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair ». Car, si le repentir est une attitude nécessaire, essentielle pour la vie spirituelle, l’homme ne peut vraiment se changer lui-même. Pour reprendre notre comparaison du début : il peut, il doit, travailler sa propre terre afin qu’elle soit bonne (comme le dit la parabole du semeur) pour recevoir cette semence qu’est la Parole de Dieu. Mais c’est Dieu qui agit.
Et dès le début : c’est le baptême du Christ dans le Jourdain qui a ouvert cette voie aux hommes. Lui qui – étant de nature divine – n’avait nul besoin de ce baptême de Jean, a pris notre nature humaine pour la conduire vers la conversion, la metanoïa, le repentir et ainsi, lui ouvrir le passage vers une communion retrouvée avec Dieu dont Lui-même est le chemin.
« Repentez-vous, car il est proche, le royaume de Dieu ». Ce Royaume, c’est le Christ qui est venu l’inaugurer, qui est venu nous l’offrir. « Celui qui est descendu, c’est le même qui est aussi monté au plus haut des cieux, afin de combler l’univers » écrit saint Paul aux Éphésiens. Ce Royaume, nous le vivons, pleinement, aujourd’hui, en Eglise. L’Eglise corps du Christ, l’Eglise vie nouvelle en Christ dans l’Esprit Saint. Une Eglise où chacun a son rôle à jouer, un rôle qui – une fois encore – aura été confié par Dieu. « Il a donné aux uns l’apostolat, aux autres l’inspiration prophétique, à d’autres l’évangélisation, la charge pastorale ou l’enseignement » écrit encore saint Paul. J’ajouterai aussi le dévouement pour ces choses qui peuvent sembler banales comme nettoyer ou allumer les lampades ou préparer le café, de petites choses peut-être mais qui font que les offices puissent se dérouler au mieux et à la communauté paroissiale de partager des moments de convivialité fraternelle.
Car il n’y a pas de « petites choses », tout a son importance pour arriver à ce but qu’évoque encore l’apôtre Paul dans la lettre aux Éphésiens : « que le peuple saint (nous) fut organisé pour accomplir les tâches du ministère et pour que s’édifie le corps du Christ, jusqu’à ce que nous parvenions tous à l’unité dans la foi et dans la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’homme parfait, avec la maturité qui convient à la plénitude du Christ ».



Site web réalisé par Arnaud Simonis