35e dimanche après Pentecôte – 2016 - Col 3, 12-16 – Lc 18, 18-27

A l’homme qui vient lui demander pour avoir en partage la vie éternelle, Jésus répond en citant les commandements de la Loi de Moïse. Le jeune homme est un Juif donc Jésus le renvoie à ce qu’il est censé, non seulement connaître, mais aussi appliquer : tu ne tueras point, tu ne commettras pas d’adultère, ne pas voler, porter de faux témoignage, honorer son père et sa mère. « Tout cela, je l’ai observé dès ma jeunesse ! » lui répond l’homme. Mais cela ne lui suffit donc pas.
Alors, on assiste à une sorte de moment charnière, un moment où – sans s’en rendre compte sur le coup – on passe comme d’un temps à un autre, on dirait aujourd’hui, de l’Ancien au Nouveau Testament, le la Loi à l’Évangile. Jésus dit à l’homme : vends tout ce que tu as, distribue-le aux pauvres, viens et suis moi.
Suivre Jésus. À l’époque, ce pouvait être un acte très concret : comme les douze ou tous les autres disciples, comme les femmes qui le servaient, comme, parfois, la foule. Le suivre sur les chemins, écouter son enseignement. Ce qui amenait de fait à suivre aune autre voie, entendre de nouveaux commandements et, finalement, voir se réaliser la promesse : la venue du Royaume de Dieu.
Suivre Jésus, aujourd’hui, c’est vivre de sa parole, se nourrir de son corps et de son sang dans l’eucharistie, c’est vivre en Église. C’est aussi, concrètement, et comme l’écrit saint Paul aux Colossiens « revêtir [nos] cœurs de tendresse, de bonté, de patience, de douceur et d’humilité ». Pardonner. Se réconcilier avec les autres et surtout avoir « la charité, ce lien qui [nous] tiendra parfaitement unis ».
Mais, me direz-vous, on n’est pas des saints ! Je ne me sens pas capable de me dépouiller de tout, et puis, vivre comment ? Et puis, il y a untel, une telle que je ne supporte pas, c’est plus fort que moi ! Et puis, on n’est plus dans ces temps anciens où on croyait à tout, on réfléchit, on raisonne, on a nos idées … Nos idées puis nos besoins aussi, on ne vit plus seulement de pain et de poisson !
Alors, nous sommes perdus ? Nous allons faire comme l’homme riche, nous « affliger grandement » ? Et puis tourner le dos, retourner à notre petite vie qui nous ne satisfait pas toujours mais dont il faut bien se contenter ? « Ce qui est impossible pour les hommes est possible pour Dieu » dit Jésus. Et cette parole, cette promesse, le Dieu-homme qu’il est va nous permettre de la réaliser. Ce qui était impossible devient possible pour les hommes parce que Dieu c’est fait homme et que tout devient possible pour les hommes en Jésus-Christ.
« Pourquoi dis-tu que je suis bon ? demande Jésus à l’homme qui l’a interpellé. Nul n’est bon que Dieu seul ». L’homme ne peut répondre. Nous, oui. Car nous proclamons que Jésus est Fils de Dieu, Jésus-Christ est Dieu et pour nous il est – comme il le dira – le chemin, la vérité et la vie. Cette vie éternelle que l’homme cherchait auprès de Jésus avant de s’en aller tout malheureux.
Mais la cherchait-il vraiment ? L’évangile de Luc nous dit « un homme s’approcha de Jésus pour le mettre à l’épreuve et lui dit ». Pour le mettre à l’épreuve. Admettons qu’à époque, les scribes, les pharisiens, les docteurs de la loi ou – pourquoi pas – de simples pratiquants un peu audacieux aient eu envie de « mettre à l’épreuve » ce fils de charpentier qui agissait et parlait comme un prophète. Mais aujourd’hui, nous-mêmes, ne mettons-nous pas quelque fois Dieu à l’épreuve par certaines demandes de nos prières, ou simplement par notre attitude …
Oui, le Christ nous prend tel que nous sommes. Il est mort sur la croix pour des impies. Il est venu – comme il le disait aussi lui-même – non pour les justes, mais pour sauver les pécheurs. Pour cela, et pour ceux-là, il s’est donné une fois pour toutes. Et sa résurrection nous a ouvert les portes du Royaume de Dieu.
C’est un don. À nous de l’accepter. Mais cela peut signifier aussi notre propre mort. Pas corporelle mais spirituelle. Ce n’est pas le temps d’une pannychide mais c’est le temps du baptême. Celui qui – comme le dit saint Paul – fait mourir en nous le vieil homme, l’homme de chair, celui qui est riche de ses biens ou de ses idées, celui qui ne peut pardonner, celui qui ne supporte pas son voisin, celui qui cherche à satisfaire ses désirs, ses besoins, faire mourir cet homme pour que naisse en lui un homme nouveau, un homme spirituel capable de répondre oui Seigneur à l’invitation du Christ : « viens et suis-moi ».



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