36e dimanche après Pentecôte - Nouveaux martyrs et confesseurs de la Terre russe

Nous commémorons aujourd’hui ceux que nous appelons les nouveaux martyrs et confesseurs de la Terre russe. Ceux – connus ou inconnus – qui ont payé de leur vie le fait d’être chrétiens, le fait d’être orthodoxe. Ils étaient prêtres, diacres, moines ou moniales, évêques aussi ou alors simples fidèles.
Certains parlent d’un véritable « holocauste » chrétien durant la période soviétique. L’État, on le sait, avait en effet proclamé l’athéisme comme valeur fondamentale et cherchait à éradiquer toute trace de religion, non seulement par la propagande, mais par l’élimination physique des croyants.
Alors, imaginez. Imaginez une photo de la taille, par exemple, des icônes des fêtes qui sont au-dessus de notre iconostase. Une photo pour chaque victime. Si on les accrochait du sol au plafond, les murs de notre église seraient bien trop petits pour les accueillir toutes.
Evidemment, on n’a pas de chiffre précis. Si, entre 1937 et 1938, plus de 165.000 prêtres auraient été arrêtes, 105.000 fusillées, 300 évêques victimes de persécution. Certains rapports citent 350.000 personnes entre les années 20 et 1941. Bien plus, sans doute. Mais qu’importent les chiffres, ces sont des hommes, des femmes qui sont morts au nom de leur foi. Sans compter ceux qui ont été envoyés en asile psychiatrique. Ainsi, comme le prophétisait saint Séraphin de Sarov : « les anges auront à peine le temps de ramasser les âmes ».
Aujourd’hui, une association qui se veut au service des chrétiens persécutés, estime que, dans le monde, et maintenant, donc, des millions de chrétiens sont persécutés dans un déni de leurs droits les plus fondamentaux. Cinquante pays ont été ainsi recensés : de la Corée du Nord au Bahrien, de l’Azerbaïdjan au Qatar, sans oublier, évidemment, ceux que l’on appelle les chrétiens d’Orient et qui ont dû quitter leurs terres ancestrales sous la pression des groupes islamistes : c’était fuir ou mourir.
« Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l'épée » avait dit Jésus. Il savait, en effet, que son message – pourtant de paix et d’amour – était si exigeant, qu’il devait transformer fondamentalement et l’homme et la société, qu’il allait créer des réactions de rejet, de refus. Le martyre est-il donc le devenir du chrétien ? Je dirai : Dieu nous en préserve. Quoique. Ne souffrons-nous pas déjà des railleries, des critiques, des revendications de tenants d’une laïcité mal comprise ?
En 1968, le patriarche œcuménique Athénagoras, déclarait : « Les chrétiens russes ont vaincu le totalitarisme dans leur pays. Ils l’ont vaincu par la foi, la prière, la souffrance de leurs confesseurs et de leurs martyrs […] leur victoire n’est pas encore visible. Beaucoup de choses lourdes s’attardent à la surface de l’Histoire; mais tout a déjà changé en profondeur. »
C’est sans doute ce qu’il faut retenir : la force de la prière, la force du témoignage. Et comment mieux exprimer tout cela qu’en reprenant cet extrait d’une conférence du père Alexandre Men ?
« Etre chrétien, c'est croire qu'il y a au milieu de nous des œuvres divines et que ces œuvres divines sont ce qu'il y a de plus grand dans le monde. Être chrétien, c'est croire qu’un moine, dans sa cellule, est plus important dans la hiérarchie des valeurs que le plus grand politique ou le plus grand des savants. Parce que c'est d'un autre ordre, et qui est plus grand.
Le Christ appelle les hommes à réaliser l’idéal divin. Il n’y a que des hommes bornés pour imaginer que le christianisme est achevé, qu’il s’est complètement constitué au IVe siècle, selon les uns, au XIIIe siècle ou à un autre moment, selon les autres. En réalité, le christianisme n’a fait que ses premiers pas, des pas timides dans l’histoire de l’humanité.
Être chrétien, c'est croire que ces événements divins ne sont pas seulement passés, mais que nous vivons en pleine histoire sainte, que bien des paroles du Christ nous demeurent encore incompréhensibles. En effet, alors que la flèche de l’Évangile a pour cible l’éternité, nous sommes encore des primitifs de l’esprit et de la morale. Le christianisme ne fait que commencer. Tout ce qui a été fait dans le passé, tout ce que nous appelons maintenant l’histoire du christianisme, n’est que la somme des tentatives, les unes malhabiles, d’autres manquées pour le réaliser. »
Quant à nous, il nous reste à nous montrer dignes et surtout participant à cet enjeu dont l’objectif n’est, ni plus ni moins, que le salut du monde.



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