Dimanche de Zachée – 2016 - 1Tim 4, 9-15 – Lc 19, 1-10

Comme on dit que le retour des hirondelles annonce le printemps, que les épis qui jaunissent préparent la moisson, ce dimanche dit « de Zachée » - qui tient son nom de l’extrait de l’Évangile de saint Luc que nous venons d’entendre – ce dimanche de Zachée annonce une période toute particulière de notre vie spirituelle : celle du Grand Carême. Deux mots qui peuvent faire frémir ceux qui ne voient dans ces semaines que la privation, les interdits. Deux mots qui, au contraire, réjouissent le cœur des croyants parce que nous allons entrer dans un temps où tout – les lectures, les offices, les chants et même les liturgies – vont nous porter vers une vie spirituelle intense, des moments très forts, une expérience de relation avec Dieu tout à fait singulière.
Mais nous allons y entrer, lentement, progressivement. Parce que nous serions bien incapables de passer brusquement de notre état d’esprit matérialiste, égoïste peut-être, à cette ouverture du cœur, cette metanoïa, ce repentir qui touchera notre âme durant tout ce cheminement, tels les Hébreux qui se lamentaient sur les bords des fleuves de Babylone, tel le fils prodigue qui revient vers le Père.
Dimanche prochain, nous lirons un autre extrait de l’évangile de Luc : le pharisien et le publicain. À la vigile, on chantera cette hymne : « Ouvre-moi les portes de la pénitence, Seigneur source de vie ». Ce sont les premières pages de ce livre liturgique qu’on appelle triode. Ce sera vraiment le commencement de la période de pré-carême.
Mais pourtant, l’évangile d’aujourd’hui nous donne déjà comme un résumé, une sorte de sommaire de la réflexion qui devra nous mener vers le Grand Carême et puis vers Pâques.
Zachée veut voir qui est Jésus. Son désir est grand. Et celui qui n’a pas, aujourd’hui, ce désir de rencontrer Jésus, risque bien de ne pas arriver au bout de son carême. Zachée est prêt à tout : grimper sur un arbre, risquer d’être ridicule peut-être … Nous aussi, il nous faudra nous dépasser, nous élever, prendre des risques peut-être. Et puis, Zachée ouvrira les portes de sa maison comme nous devons ouvrir nos cœurs, préparer nos âmes pour recevoir le Christ. Enfin, le salut, le salut par le repentir d’abord : « si j’ai fait du tort à quelqu’un, je lui rendrai quatre fois plus » ; le salut par la charité « voici, Seigneur, la moitié de mes biens, je la donne aux pauvres ». Tout est là, à travers ce petit personnage par sa rencontre avec Jésus.
On dira : chaque année, c’est la même chose. Oui. Les lectures sont les mêmes, les dimanches se ressemblent et le carême reste le carême. Mais chaque année, il nous est donné de le vivre de façon différente. Parce que les événements de la vie nous ont marqué d’expériences parfois douloureuses, toujours enrichissantes si on veut bien les accepter dans la grâce de Dieu. Parce que nous évoluons sans cesse, physiquement, c’est sûr, psychologiquement, sans doute, mais aussi – et peut-être surtout – spirituellement, sinon, nous serions déjà comme morts.
Ainsi, chaque carême – comme d’ailleurs chaque fête, chaque moment particulier de l’année liturgique – nous apporte sa part d’enseignement. Ce que nous avions à peine remarqué l’an dernier nous interpelle cette fois et peut changer notre vie. Parce que chaque carême, comme chaque fête, doivent être vécus non pas comme des événements extérieurs, étrangers, mais intérieurs, je dirais même intimes.   
Ce sera d’ailleurs le dernier enseignement de Jésus lorsque s’ouvrira la période du carême : « que ton jeûne soit connu, non des hommes, mais de ton Père qui est là dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra au grand jour ».
Le Royaume de Dieu est en vous, dira encore le Christ à ses disciples. Le carême, comme la vie spirituelle, est une aventure intérieure, intime. C’est la mise en œuvre de cette recommandation que nous venons d’entendre de l’apôtre Paul à Timothée : « ne néglige pas le don spirituel qui est en toi ». 



Site web réalisé par Arnaud Simonis