Dimanche du pharisien et du publicain – 2016 - Lc 18, 11-14

À Bruxelles, paroisse Sts Nicolas et Panteleimon, rue De Mot

Tous comptes faits, il n’est pas mal du tout ce pharisien. C’est vrai qu’il commence fort en disant qu’il n’est pas « rapace, injuste ou adultère ». Franchement, pourrions-nous en dire autant ? N’avons-nous jamais été attirés par l’appât du gain au point de mettre discrètement en poche un billet qu’on aurait peut-être dû partager ? Ou refuser – évidemment pour une « bonne raison » du style : c’est pour boire ou pour se droguer – quelques pièces à celui qui nous tendait la main ? Pouvons-nous affirmer – honnêtement, bien sûr – que nous avons toujours été justes avec nos enfants ou nos subordonnés ? Et puis … mais ça, c’est encore un autre problème et ce n’est pas ici qu’on va commencer à évoquer des histoires de lit.
Et puis, concrètement, notre pharisien dit qu’il jeûne deux fois par semaines (entre nous – mais je n’attends pas de réponse – qui respecte systématiquement les jours carémiques des mercredis et vendredis ?) Et il donne la dîme de ses revenus. La dîme était une contribution (de 10 %, comme son nom l’indique), un impôt spirituel que les Juifs devaient payer pour aider les démunis (orphelins, veuves, étrangers) et subvenir aux besoins du Temple et des prêtres. Comme on dirait pour nous, aujourd’hui, les besoins de l’église, de la paroisse. Sauf que ce n’est plus une taxe de 10% et que, souvent, on profite de la collecte pour se débarrasser des petites pièces jaunes qui encombrent notre porte-monnaie.
Bref, on aurait quelqu’un de semblable à ce pharisien dans notre paroisse que nous dirions sans doute que c’est vraiment un bon orthodoxe, exemplaire !
Par contre, ce publicain. C’est vrai que, pour nous, aujourd’hui, le mot ne veut plus dire grand-chose. En fait, dans l’administration romaine un publicain était un homme d’affaires, qui par contrat avec l’autorité civile était autorisé à collecter les taxes en son nom. Ils formaient des sociétés civiles à but lucratif qui intervenaient dans les domaines économiques et fiscaux pendant la période romaine, selon des contrats passés avec l'État. C’est donc comme si, aujourd’hui, l’administration fiscale était privatisée. Donc, c’était d’abord pour leur poche ! Et en plus, en Israël, à l’époque, les Romains étaient une armée d’occupation. Pour reprendre un terme qui évoque pour nous la période noire de 40-45, les publicains étaient de sérieux collabos ! On comprend pourquoi les contemporains de Jésus disaient, en voyant qu’il s’invitait chez Zachée : c’est chez un pécheur qu’il est allé loger.
Et pourtant, dans la parabole d’aujourd’hui, c’est ce personnage a priori peu recommandable  que Jésus va donner en exemple !
Les deux hommes ont un point commun : ils viennent au temple pour prier. Une même démarche donc, mais dans un esprit tout différent. Oui, le pharisien rend grâce à Dieu pour ce qu’il est, mais c’est d’abord pour en tirer une fierté personnelle : « je ne suis pas comme le reste des hommes ». C’est bien là une attitude que nous connaissons bien, un sentiment contre lequel nous avons tant de mal à lutter et qui est pourtant à la base de bien des maux : l’orgueil !
Il juge les autres aussi, ce pharisien : « je ne suis pas comme ce publicain » qui lui, sans aucun doute, ne fait pas tout ce que je fais.
Le publicain, lui, a conscience de ce qu’il est, de ce qu’il fait (ou ne fait pas). Il n’a rien en lui-même qui puisse le justifier, rien, en dehors de la miséricorde de Dieu qui, lui, et lui seul, peut lui faire grâce. Et c’est bien là toute la différence entre ces deux hommes.
Et ce n’est évidemment pas un hasard si l’Église nous propose cette parabole en ce dimanche qui marque le début de la période qui va nous préparer au carême. Car nous risquons, à notre tour, de tomber dans le piège de l’orgueil du pharisien : « je te rends grâce Seigneur, car tu m’as permis de respecter le jeûne et les règles du carême, je suis fier de moi ! Ce n’est pas comme mon voisin, je l’ai vu aller chez le boucher et lamper son petit verre de vin ». Raté. Si nous tenons ce discours à la veille de Pâques, notre carême aura été sans valeur.
Nous ne sommes ni pharisiens, ni publicains. Mais nous devons être, vivre, en disciples de Jésus-Christ qui lui, comme l’écrit saint Paul, s’est abaissé pour nous, pour notre salut, jusqu’à une mort infamante, la mort sur la croix. Et c’est le même apôtre qui nous donne la clé de tous nos efforts, nos jeûnes, nos prières, nos offices de carême : faire mourir le vieil homme qui est en nous, cet homme de chair, de désirs, de faiblesses, pour faire vivre l’homme nouveau, l’homme spirituel, fort de sa vie en Christ, par l’Esprit Saint.
S’humilier, ce n’est pas se traîner volontairement dans la boue, c’est se mettre à la bonne hauteur devant Dieu, prosterné devant la croix, et c’est dire sans cesse « Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, prend pitié de moi pécheur ».



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