Fils prodigue 2016 - Lc 15, 11-32

A Bruxelles (De Mot)

 « Ton frère était mort et le voilà revenu à la vie. Il était perdu et le voilà retrouvé. » D’un point de vue théologique, le message de l’évangile d’aujourd’hui est clair : l’homme, l’être humain, Adam qui avait voulu prendre pour lui le don de Dieu, qui avait voulu vivre pour lui-même, loin de son créateur, l’homme, Adam est revenu à la vraie vie, il a retrouvé le chemin de sa vraie demeure qui est près de son Dieu, qui est près de son Père.

Pour cela, il a dû connaître la faim. Celui qui, aujourd’hui, ne connaît pas cette faim, ce désir de Dieu, celui-là ne se mettra jamais en route vers le Père, il restera à garder le troupeau de ses mesquineries, la masse de ces choses de la vie qui sont souvent si futiles mais qui, pourtant, à ses yeux, ont tant de valeur.

Le fils prodigue aurait voulu pouvoir manger la nourriture des cochons. Il lui semblait que – pour lui – c’était vital. Combien de choses ainsi nous paraissent-elles importantes, de combien de choses disons-nous qu’on ne pourrait pas s’en passer … alors qu’elles n’ont pas plus de valeur que ces caroubes que l’on donne au troupeau de porcs.

Le Fils prodigue était parti pour un pays lointain. « Un pays lointain » c’est un peu la définition que nous pouvons retenir de notre condition humaine où nous sommes exilés de Dieu, séparés de la vraie vie et la nostalgie que nous ressentons est celle d’une autre réalité,  c’est cela le repentir.

Le repentir, ce n’est pas une énumération, un catalogue, une liste de fautes, de péchés, de manques. Le repentir n’a rien à voir avec le fait de plaider coupable devant un quelconque tribunal. Le repentir n’est pas un sentiment de culpabilité mais un sentiment de rupture, de séparation : nous sommes séparés de Dieu, comme le fils prodigue s’est exilé, volontairement, loin de son père.

Le père. C’est la deuxième figure importante de ce passage d’évangile. Nous avons dit : c’est le Père céleste qui accueille l’homme qui s’est séparé de Lui. C’est un des sens théologiques de la parabole, mais on peut aussi en tirer une leçon pour nous, pour notre vie.

Pensons à tous ceux que nous avons vu s’éloigner de nous. On dit : c’est la vie qui sépare (on a chacun la sienne), ce sont les relations qui deviennent difficiles, c’est parfois la brouille, la querelle … Et peut-être, un jour, le retour. On retrouve celui ou celle dont on a été séparé ou même qui s’est séparé de nous. Qu’allons-nous faire ?

Allons-nous tuer le veau gras et festoyer ? Ou allons-nous lui faire le reproche de toutes ces années passés, le reproche d’une dispute, d’une séparation ? Serons-nous capables de l’accueillir, de lui rendre sa place à nos côtés, dans notre cœur ?

Et puis, il y a le fils aîné. Tout ce qu’on dit de lui, c’est qu’il revient de son travail dans les champs, qu’il entend les bruits de la fête. Il demande ce qui se passe. On lui dit que c’est parce que son frère est revenu. Et il se met en colère. Sans doute pense-t-il que, vraiment, ce n’est pas juste !

Ce n’est pas juste. Voilà ce qu’on dirait sans doute, nous aussi, à sa place. Imaginez ! Vous êtes resté près de vos parents, vous avez toujours travaillé avec eux, pour eux. Même que, quand vous leur demandiez de l’argent pour aller faire la fête, ils se montraient peu généreux. Mais vous, vous étiez-là, vous avez « fait votre devoir ». Et le frère, lui, qui est allé dépenser tout son argent, se ruiner dans les cafés, passer ses nuits avec des femmes … il revient parce qu’il n’a plus un franc et on fait la fête ! Vraiment, ce n’est pas juste !

Nous serions sans doute comme le fils aîné qui  ne peut pas imaginer que son père puisse pardonner, aimer l’autre, son frère … Ce fils aîné n’a pas fait l’expérience de la miséricorde. Heureusement pour nous, Dieu n’a pas le même sens de la justice, la même notion de l’amour que nous. Et si le père est allé à la rencontre du fils cadet qui revenait vers lui, il est aussi sorti pour aller vers le fils aîné qui ne voulait pas rentrer dans la maison parce qu’il était en colère.

Il accueille celui ou celle que nous rejetons, il aime celui que nous détestons. Mais voilà, il nous demande – si nous voulons être ses serviteurs et manger du pain de son Père – il nous demande d’accueillir et d’aimer comme Lui, de pardonner et de refonder toujours de nouvelles alliances.

En fait, le fils ainé avait bien de la chance, mais il ne le savait pas. Dans ce qu’il a vécu – et même si c’est par sa faute – le fils prodigue s’est rendu compte, lui, de ce qu’il avait perdu.

Et ce dimanche nous invite à nous rendre compte, nous aussi, de que ce que nous avons perdu : notre vrai visage, notre propre beauté spirituelle.
Retrouver ce sentiment de l’homme qui réalise sa situation d’exilé loin de Dieu ; qui comprend que rien dans ce monde ne pourra combler ce vide ; qui devient un pèlerin de l’Absolu et qui se met en marche, en marche vers Dieu comme le Fils prodigue s’est mis en marche vers son père.

Puisse ce dimanche marquer le début de notre voyage de retour vers le Père en suivant ce chemin qu’est le Fils et guidés, portés par le souffle de l’Esprit saint.



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