Dimanche de carnaval – 2016 - Mt 25, 31-46

Taillée dans la pierre à l’entrée des cathédrales du Moyen-Âge, peinte à fresque dans nos grandes églises, la scène a de quoi inquiéter : on y voit le Christ, trônant en majesté avec à sa droite des hommes et des femmes accueillis dans un havre de paix et de douceur et à sa gauche, d’autres précipités dans les flammes par des diables hideux. C’est le jugement dernier. Et le but de ces représentations est bien de faire peur pour tenter de faire réfléchir. Et, en effet, quand on regarde ces représentations, on avale de travers et on se dit – en repensant à sa propre vie – où serai-je ?
Le discours de Jésus, que nous venons d’entendre de l’évangile de Matthieu, doit bien sûr interpeller chacun de nous. En quelque sorte, il nous met devant nos propres responsabilités. Mais ce moment qu’il évoque, dont – comme il est dit par ailleurs – nul ne connaît ni le jour ni l’heure, ce moment ne concerne pas que nous, il est – pourrait-on dire – universel et cosmique.
Universel parce que « devant lui seront rassemblées toutes les nations » est-il écrit. Est-ce à dire que la responsabilité peut-être aussi globale ? Parce qu’il y a chaque être humain, mais il y a aussi les sociétés que nous avons créées, les civilisations que nous avons organisées. Et sur quelles bases ? Le profit ? Au détriment de peuples entiers qui meurent de faim tandis que d’autres s’enrichissent et gaspillent … La guerre ? Pourquoi ? Défendre nos idées, ou plus souvent nos intérêts …
Le moment est cosmique aussi parce qu’il concerne non seulement les hommes, les êtres humains, mais aussi ce que nous appelons « les puissances célestes ». Lorsque le Fils de l’homme vient dans sa gloire, il est « escorté de tous les anges saints ». Ils sont déjà avec Lui dans « ce royaume qui a été préparé depuis les origines du monde » tandis que les autres, Satan, l’ange déchu, les maudits, ils sont précipités dans le feu éternel qui a été « préparé pour le diable et ses anges ». Et voilà l’image que l’on se fait, que l’on représente dans la pierre des cathédrales ou les fresques de nos églises.
Pourtant, l’essentiel n’est pas là. On sait que celui qui est en prison (mais il est des pays, encore aujourd’hui, où les châtiments feraient regretter les barreaux d’une cellule), celui qui est condamné, c’est qu’il a commis un délit. Il a été jugé par un tribunal, sur la base des lois en vigueur dans son pays. C’est cela la justice des hommes : appliquer une législation faite par des hommes pour gérer les sociétés en fonction des idées, des règles, des valeurs (ou parfois des soi-disant valeurs) sur lesquelles elles sont fondées.
La justice de Dieu n’a rien à voir avec celle d’un tribunal. Elle n’a même plus rien à voir avec la Loi de Moïse qui avait été donnée au peuple hébreu. Et c’est bien là l’essentiel du discours de Jésus que nous venons d’entendre. Ce qui sauve, ce n’est pas le respect de règlements, de prescriptions, ce n’est pas de suivre ce qui est permis et de ne pas faire ce qui est interdit. Ce qui sauve, c’est la charité, ce qui sauve, c’est l’amour.
J’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger. J’ai eu soif et vous m’avez donné à boire, j’étais étranger et vous m’avez accueilli, j’étais nu et vous m’avez vêtu, malade et vous m’avez visité, prisonnier et vous êtes venus me voir.
Rien de tout cela ne peut s’écrire dans une loi. Ce n’est ni dans la pierre, ni sur papier ou papyrus que l’on peut codifier ces préceptes. Et puis la loi est toujours « extérieure » à l’homme, elle vient lui imposer des règles et des limites. Elle ne détermine pas ce qu’il est, intimement, profondément, réellement, humainement.
J’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger. J’ai eu soif et vous m’avez donné à boire, j’étais étranger et vous m’avez accueilli, j’étais nu et vous m’avez vêtu, malade et vous m’avez visité, prisonnier et vous êtes venus me voir.
Ces préceptes ne peuvent s’inscrire que dans le cœur. Parce que l’amour ne se codifie pas, il ne se règlemente pas. Il s’exprime, il se vit, dans l’âme comme dans la chair. Comme Dieu s’est fait homme pour l’homme devienne dieu, pour reprendre une fois encore l’expression patristique.
Dieu s’est fait homme. Jésus n’est pas seulement un enfant parmi d’autres, il est – dans sa personne humaine – l’humanité tout entière, il est l’Homme, il est le Fils de l’homme. C’est pourquoi « ce que vous avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi (Dieu) que vous l’avez fait ». Sinon – pour reprendre cette fois une expression de Jésus : « vous serez jetés dans les ténèbres extérieures où il n’y a que pleurs et grincement de dents ».
Mais qu’est-ce que cet extérieur sinon être privé de l’amour de Dieu ? Comme Adam expulsé du Paradis, être loin du Père. Non parce que le Père nous a rejetés, mais parce que nous avons choisi, nous, de nous éloigner de Lui, de le délaisser, de nous détourner de Lui.
C’est pour cela que notre Carême qui s’annonce est comme un éternel retour vers le Père. Comme le Fils prodigue qui mesure la miséricorde de son père, comme Zachée, sauvé par son attitude de charité, comme le Publicain par son humilité. Par le Christ qui s’est donné pour nous jusqu’à la mort et nous a rendu la vie éternelle par sa résurrection.Par son amour, son immense amour ...



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