Dimanche du Pardon – 2016 - Mt 6, 14-21

« En paix laisse-nous goûter du Carême la purification ». Cette demande, les premiers mots d’un cathisme de matines de mercredi dernier, nous pouvons les faire nôtres aujourd’hui, en ce dimanche qui marque le début de notre Grand Carême.
En paix. Parce que ce n’est ni dans la crainte de ne pas respecter les règles du jeûne, ni dans une sorte de stress engendré par les privations, mais dans la paix, la paix du cœur, la paix du Christ que nous devrons vivre les semaines qui viennent. La paix avec nous-mêmes, celle qui nous ouvrira l’âme et le cœur pour accueillir Celui qui pourra vivre en nous. La paix avec les autres dans une concorde parfois retrouvée.
L’extrait de l’évangile de Matthieu que nous venons de lire, nous met une nouvelle fois en garde : si vous jeûnez, ne soyez pas hypocrites. Un autre stichère des odes de matines (celles de mardi) nous le disait clairement : « voici comment nous devons jeûner : plus de dispute, de haine, de murmure et de jalousie, de perfidie ou d’arrogance, mais dans l’humilité, suivons l’exemple du Christ ».
Bien sûr, nous allons nous passer de viande, de poisson, de laitages, de vin. Mais ce n’est pas là l’essentiel, c’est un moyen, pas un but, un moyen de ressentir dans sa chair cette quête spirituelle. Un moyen aussi de nous faire entrer dans un temps tout particulier, un temps durant lequel nous ne dirions plus : que mangerons-nous, qu’allons-nous boire ? Mais un moment durant lequel nous pourrons nous demander qui nous sommes, comment nous vivons ; nous remettre en question comme on dit aujourd’hui et surtout, nous resituer par rapport à Dieu, à la prière, à l’Église corps du Christ.
Ce dimanche qui marque donc l’entrée dans le Grand Carême est le dimanche du pardon. À ce propos, le Christ a des paroles définitives – que nous rapporte saint Matthieu – lorsqu’il dit : si vous pardonnez, votre Père vous pardonnera, si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père ne vous pardonnera pas non plus. Ce sont parmi les dernières paroles du Christ sur la croix : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ». Ce sont des mots que nous répétons – souvent trop machinalement – dans cette prière que Jésus nous a laissée : « pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés ».
À la fin de l’office de vêpres – que nous célèbrerons directement après cette liturgie – nous nous donnerons le pardon mutuel. Ce n’est pas, ce ne doit pas être qu’un geste, un rituel : c’est une démarche qui doit venir du fond du cœur ! Et, c’est vrai, ce n’est pas toujours facile ! Pourtant, c’est peut-être là la clé principale qui nous ouvrira la porte du carême comme elle aura pu ouvrir la porte du cœur.
Mais pour pardonner, il faut être deux. Il y a celui qui demande pardon, il y a celui qui le reçoit. Et là non plus, ce n’est pas toujours facile. Parce que demander pardon, accepter le pardon, c’est en quelque sorte rétablir des relations qui ne sont plus basées sur la critique, la jalousie, le rejet, le jugement …mais bien sur le respect de l’autre, mais bien sur l’amour fraternel de l’autre.
Mais pour pardonner, on peut être trois. Car le Christ, si nous lui avons laissé de la place, peut être avec nous, à côté de nous, mieux, en nous. Et c’est Lui, et parfois lui seul, qui peut nous donner la force de pardonner ou d’accepter le pardon.
Mais tout cela, et c’est malheureusement vrai aussi, ce sont des paroles que l’on approuve en pensant qu’elles sont surtout faites pour les autres. Non pas qu’on soit des saints et en bon accord avec tout le monde, mais parce qu’on pourrait avoir tendance à se dire : oh, moi, je ne pourrais pas ! Et à en rester là. C’est le pire des scénarios, car il signifie l’immobilisme, il met à rien le repentir et il exclut cette conversion, cette metanoia dont nous avons déjà parlé.
« O mon âme – chante-t-on dans les apostiches du mercredi matin – ô mon âme, si tu t’abstiens des aliments, sans te purifier des passions, c’est en vain que tu jeûnes et t’en glorifies car si tu ne veux pas te corriger, tu deviendra un menteur auprès de Dieu, au pires démons du ressembleras, car ils n’ont cure de se nourrir ; veille donc à ne pas gâcher ton jeûne par le péché, mais reste insensible devant tes folles passions ; agis comme si tu prenais place auprès du Sauveur crucifié, ou même, sois crucifiée avec celui qui pour toi fut mis en croix, et tourne-toi vers Lui en disant : Souviens-toi de moi, Seigneur, quand tu entreras dans ton royaume. »



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