3e dimanche de carême 2016 - Mc 8, 34-9, 1

Nous voici déjà presque à mi-parcours de notre voyage. et nous commençons – si notre effort physique et spirituel a été vrai – nous commençons à ressentir la fatigue, une certaine faiblesse, une certaine nervosité aussi peut-être, et peut-être aussi un peu de découragement.

Un tournant parce que jusqu’à présent les textes qui nous étaient proposés dans les extraits des évangiles parlaient de nous, du but à atteindre, de l’attitude à avoir, maintenant, c’est vers le Christ lui-même qu’ils nous invitent à regarder. Et la première image que nous avons, c’est une image forte, celle de la croix. La croix que nous avons vénérée hier soir et qui restera là durant toute la semaine pour les offices.

Mais la croix est aujourd’hui, pour cette étape de notre chemin, un signe d’espérance plutôt que de souffrance. Les hymnes, les chants, parlent de salut, de résurrection. Ceux des matines sont tirés du canon pascal et chantent déjà ce que nous clamerons durant la nuit de Pâques. C’est la croix du salut. Mais c’est aussi un passage obligé.

Parfois, dans certaines circonstances de la vie, c'est nous qui portons croix. Parfois, on est déjà content … de pouvoir la supporter.

Quand la vie nous crucifie ainsi, nous pouvons nous sentir seuls, vivre des moments de découragement, de révolte peut-être. Ce sont les épreuves du deuil, de la maladie, des problèmes graves. Elles ne sont pas envoyées par Dieu pour nous éprouver. Mais c’est vrai qu’elles peuvent être l’occasion d’une prise de conscience, d’une évolution spirituelle. Mais que Dieu nous en préserve. Et, est-ce cette croix-là que nous devons porter, celle qui va nous sauver ?

Je dirais que non. Et je penserais plutôt … à celle des autres. Car dans notre vie de tous les jours, nous ne nous trouvons pas seulement devant la croix de Jésus. Nous pouvons être au pied d'un malade à l'hôpital ou avec une famille en deuil, voir le désarroi d'une personne éprouvée dans son cœur ou dans son esprit, la souffrance d'une personne qui est bafouée dans son être le plus profond. Alors, nous pouvons nous dire que nous n’allons pas les laisser seuls, tomber dans le découragement ou la révolte. Et nous voulons prendre leur croix sur nos épaules, un peu comme Simon de Cyrène l'a fait pour Jésus.

Quant à prendre notre croix, c’est peut-être aujourd’hui oser se dire chrétien et vivre selon les préceptes de l’Évangile dans un monde qui ignore Dieu, qui s’en moque ou qui le rejette et le combat.

Il nous faut prendre notre croix. Mais il nous faut savoir aussi que ce n’est pas cela qui va nous sauver ! La croix qui nous sauve, c’est la croix du Christ. S’il n’y avait pas eu la croix du Christ, la nôtre ne serait que douleur et souffrance.

Et c’est là que notre étape du carême marque un tournant de notre cheminement vers Pâque.

Peu à peu, notre voyage va nous faire découvrir d’autres horizons, d’autres choses que nos efforts, d’autres choses que notre repentir, et le signe de la croix qui nous est donné en ce jour est une préfiguration de ce qui nous attend dans les jours et les semaines à venir.

En effet, ce que nous allons découvrir maintenant, ce sont ces événements qui se sont déroulés « pour nous, les hommes, et pour notre salut » comme nous le disons dans le Credo. En acceptant aujourd’hui de porter cette croix qui nous est présentée, nous allons pouvoir suivre Jésus, mettre nos pas dans ceux du Christ et poursuivre avec lui notre voyage.

Un voyage marqué par la douleur, la souffrance, la passion, le sacrifice, la mort mais un voyage dont l’aboutissement est la résurrection et la vie !

Alors, reprenons notre bagage, celui de notre vie, de nos peines et surtout de nos espérances, et continuons notre chemin dans cette radieuse tristesse qui nous a accompagnés tout au long de ces jours de carême, mais aussi dans la certitude – et non seulement dans l’espoir – d’arriver au terme de ces jours dans la lumière de Pâques.

Et si, durant la     première partie de notre carême, l’effort était porté sur nous, sur notre purification, ce qui nous est donné maintenant, c’est d’abord de voir que cette purification n’était pas une fin en soi, mais une voie vers la contemplation, peut-être même la compréhension du mystère de la croix. De la croix indissociable de la Résurrection. Et de participer à ce mystère.

Ce mystère, nous l’avions peut-être tout simplement oublié parce que nous y sommes trop habitués. On ne voit plus les choses qui sont autour de nous tous les jours. Pire, peut-être, nous prenions ça pour un dû, pour quelque chose de tout naturel.

Ce que nous devons retrouver, c’est, dans la célébration liturgique de tous ces événements de notre salut, non pas seulement leur souvenir, leur commémoration, mais, dans la tristesse et la joie, leur réalité concrète et vivante.

Elle est là, la croix de Jésus, devant nous ! Qu'elle nous donne lumière, amour, grâce, miséricorde et force pour mieux être au pied de la croix des autres, de ceux qui ont besoin de nous, de ceux que nous pouvons aider et qu’elle nous aide à porter nos propres croix!

Jésus est le Chemin, la Vérité et la vie. Sa croix, nous la disons « vivifiante », c’est-à-dire, qui donne la vie ! Et c’est par elle, par Lui que nos propres croix, celles que nous portons et celles que nous pourrons porter, peuvent devenir aussi chemin, vérité et vie. Parce que, à l'image de celle de Jésus, elles peuvent porter beaucoup de fruits. Des fruits de résurrection!



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