Résurrection de Lazare – 2016

Les premiers mots de Marthe et de Marie en accueillant Jésus à Béthanie où Lazare a été enseveli peuvent paraître comme un reproche : « Si tu avais été là, notre frère ne serait pas mort ». Un reproche, un regret, peut-être, mais surtout un acte de foi, alors que « quelques-uns » de ceux qui les entouraient exprimaient eux, leur doute : « Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas faire aussi que cet homme ne mourut point ? ». D’ailleurs, Marthe elle-même proclame à Jésus « encore à présent, je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, il te l’accordera ».
La réponse de Jésus rejoint alors la croyance des Juifs : « Ton frère ressuscitera ». « Je sais, répond Marthe, qu’il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour ». Mais Jésus, lui, a alors ces phrases définitives, essentielles : « Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, fût-il mort vivra ; et quiconque vit et croit en moi ne mourra point, à jamais ». Phrases définitives et essentielles, mais, oh combien mystérieuses … Car on sait que la fin pour tous est écrite : c’est le tombeau.
Pourtant, c’est ainsi que la résurrection de Lazare va prendre un sens tout particulier. Bien sûr Jésus a déjà rendu la vie au fils de la veuve de Naïm ou à la fille de Jaïre qui, tous deux, venaient de décéder. Lazare, lui, est dans le tombeau depuis quatre jours. « Il sent déjà ». Le miracle n’en sera que plus grand, le plus grand de Jésus avant sa propre résurrection. Mais la réalité que veut montrer le Christ n’est pas là, il ne s’agit pas – comme un artiste de cirque – de réaliser le tour le plus difficile, celui qui s’accompagne d’un roulement de tambour. C’est pourquoi Jésus dit à ses disciples : « je me réjouis pour vous de n’avoir pas été là, afin que vous croyiez », comme il leur avait dit « cette maladie ne mène pas à la mort, elle doit servir à la gloire de Dieu afin que par elle soit glorifié le Fils de Dieu ».
Jésus va accomplir son œuvre de salut, il va en donner un signe éclatant. Saint Basile la résume merveilleusement dans l’anaphore de sa liturgie :
« En effet, lorsque, par l’homme, le péché fut entré dans le monde, et, par le péché, la mort, Ton Fils unique, Celui qui est dans Ton sein, à Toi, Dieu Son Père, né d’une femme, la sainte Mère de Dieu et toujours vierge Marie, conçu sous la loi, voulut condamner, dans Sa propre chair, le péché afin que ceux qui étaient morts en Adam retrouvent la Vie en Lui, Ton Christ. Il Se donna Lui- Même à la mort dans laquelle nous, vendus au péché, nous étions retenus. Etant, par la Croix, descendu dans l’enfer, afin de tout accomplir par Lui-Même, Il détruisit les affres de la mort. Etant ressuscité le troisième jour, ayant ouvert à toute chair la voie de la Résurrection (car il n’était pas possible que le Principe de la Vie fût dominé par la corruption), Il devint Prémices de ceux  qui se sont endormis, premier né d’entre les morts. »
Jésus va ressusciter Lazare, comme il va donner, par sa propre résurrection, la Vie à tous ceux qui croiront en Lui. Une vie plus forte que la mort car elle sera toujours là quand même le corps ne sera plus. Une vie qui est déjà présente en nous et qui nous fait vivre autrement qu’un simple mortel. C’est la lumière du Christ qui est en nous, c’est le Royaume qu’il nous est donné de vivre dans l’Église et à travers les sacrements. La résurrection de Lazare en est comme un premier signe.
C’est aussi – comme toute la vie de Jésus, comme toute vie en Christ – une histoire d’amour. N’envoie-t-on pas dire à Jésus : « Seigneur, voici qu’est malade celui que tu aimes » ? Lorsqu’il suit Marie vers le tombeau « Jésus frémit en son esprit, se troubla » puis « il se mit à pleurer, au point que les Juifs disaient : voyez comme il l’aimait ».
Pleurait-il seulement sur Lazare ou aussi sur l’être humain dont il voyait la déchéance : « lorsque, par l’homme, le péché fut entré dans le monde, et, par le péché, la mort » comme le dit Saint Basile…
Mais la victoire est annoncée, déjà, nous pourrions chanter déjà : par sa mort, il a triomphé de la mort, car c’est bien la résurrection du Christ qui donne la Vie aux hommes et au monde, comme c’est la Croix du Christ qui donne un sens à toutes nos croix.



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