RAMEAUX - 2016

Jésus, le Nazaréen, celui qui a fait des miracles, celui qui vient de ressusciter Lazare, celui qui sait si bien parler aux foules, celui-là même entre à Jérusalem.

Les gens se pressent, se bousculent, comme l’écrit Jean, ils prirent des branches de palmiers et sortirent à sa rencontre. Ils criaient «Hosanna! Béni soit au nom du Seigneur Celui qui vient, le roi d'Israël». Je voudrais d’abord m’arrêter à cette exclamation. La même formule se retrouve chez Marc et Matthieu. Avec quelques variantes parfois, des variantes qui indiquent en quelque sorte comment les Juifs de l’époque accueillaient Jésus : «Hosanna au Fils de David! » Rapporte notamment Matthieu. « Béni soit le Règne qui vient, le Règne de David notre père! » écrit Marc.

C’est que l’événement est d’abord historique : il s’est réellement passé, c’est une date dans l’histoire des hommes. Et vu par les yeux des hommes, c’est un triomphe ! C’est - pour risquer une comparaison - de Gaulle paradant sur les Champs Elysées en août 44 après la libération de Paris.

Et en effet, pour certains Juifs de ce temps,  il pouvait bien s’agir de libération, on dirait aujourd’hui : de libération nationale. Jésus est appelé « Fils de David », David, le grand roi, celui de la période faste d’Israël. Et pour certains, Jésus est venu rétablir ce royaume dans sa souveraineté (il est occupé par les Romains) et aussi sa puissance.

Pour d’autres,  c’est un prophète, que l’on bénit au nom du Seigneur. Hosanna! Béni soit au nom du Seigneur Celui qui vient! dit encore saint Marc. Remarquez l’ordonnance des mots : Béni soit / au nom du Seigneur / Celui qui vient!  Il est béni au nom du Seigneur, celui qui vient. Aujourd’hui, nous, nous chantons : Béni soit Celui qui vient au nom du Seigneur. Blagosloven gradi vo imia gospodnie. Jésus, pour nous, n’est plus - ou plus seulement - Fils de David, mais il est Fils de Dieu. C’est Lui qui vient au nom de Seigneur, au nom de son Père, dans l’Esprit Saint.

Et nous aussi, nous avons chanté hier soir dans les matines : « Venons avec des branches louer le Christ, notre Maître ... »
Mais ce Jésus que nous appelons Christ, comment nous-mêmes le recevons nous aujourd’hui ? Comment accueillons nous ces paroles de saint Paul aux Philippiens que nous avons entendues dans l’épître : « Réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur » et il insiste : «  je le répète, réjouissez-vous. Le Seigneur est proche » ?

Comme celui qui continue de faire des miracles et qui peut ainsi nous guérir de nos maux ou même - parfois - arranger nos petites affaires ? Comme celui qui donne une dimension particulière à une certaine idée que l’on dira justice sociale ? Comme une sorte de champion toutes catégories des droits de l’homme ? Il suffit de regarder autour de nous, en nous peut-être, pour se rendre compte que tout cela est possible. Mais que, si on s’arrête à ces conceptions finalement très humaines, on passe à côté de l’essentiel.

A Jérusalem, en ce temps-là, Jésus est accueilli comme un roi. Mais on sait aussi que les Romains avaient inscrit sur la croix du Christ : Jésus de Nazareth Roi d’Israël. Par dérision peut-être. Sans doute aussi pour signifier la suprématie de Rome sur l’état hébreu. Nous pourrions dire, comme une ultime volonté d’affirmation du royaume de César sur le royaume de Dieu. Nous aussi, nous le saluons comme roi, au début de la lecture des heures, par exemple : « Venez adorons le Christ lui-même, notre roi et notre Dieu ». Un roi qui se donne pour régner sur nos coeurs, sur nos âmes, établir en nous son royaume. En chacun de nous. Jésus veut être mon roi.  Un roi humble qui vient à nous sur un pauvre animal, symbole d’humilité et de douceur. Un jour, il reviendra dans la gloire pour juger le monde. « Le Seigneur est proche » dit saint Paul. Mais aujourd’hui, il est là. Sans signe de majesté ni de puissance. Comme s’il murmurait ces paroles écrites dans le livre des Proverbes : « Mon fils, donne-moi ton coeur ».

Pourtant, la foule qui acclamait Jésus avait instinctivement raison quand elle le disait roi d’Israël. S’il est roi des individus, Jésus est aussi roi des sociétés humaines. Rien n’est étranger à sa seigneurie, comme notre vie familiale, sociale ou professionnelle ne peut être étrangère à notre vie spirituelle.

Les gens étendaient leurs manteaux sur le chemin, comme nous devons jeter aux pieds du Christ ce que nous possédons, et par dessus tout, nos idées, nos désirs, nos sentiments, nos fausses apparences, jusqu’à notre sécurité. Que tout ce qui nos est précieux lui soit soumis et offert. Ne chantons nous pas dans l’hymne des chérubins : « Déposons tout souci du monde » ajoutant, après la grande entrée « pour recevoir le roi de toutes choses » ?

Et tant pis si cela fait jaser, ou pire encore. Ce ne serait pas nouveau : Jésus lui-même a connu cela : Voyant les choses étonnantes qu'il venait de faire et ces enfants qui criaient dans le temple: «Hosanna au Fils de David»!, les grands prêtres et les scribes furent indignés  relate saint Matthieu. Jésus, qui avait dit déjà dans son sermon sur la montagne, ces béatitudes que nous chantons a chaque liturgie : Blajèni ièsté iègda ponociat vam i ijdénout i riékout vsiak zol glagol na vë ljouchtché ménié radi. « Heureux êtes vous si l’on vous si l’on vous outrage et qu’on vous persécute, que l’on dit faussement de vous toute sorte de mal à cause de moi »

« Réjouissez-vous dans le Seigneur » que le Seigneur soit notre joie, radost moya disait saint Séraphin de Sarov en accueillant ses visiteurs. La vraie joie, la plénitude de la joie, qui n’a rien à voir avec les petits plaisirs que nous pouvons goûter parfois mais qui ne sont souvent que des joies éphémères.

« Hosanna ! Béni soit Celui qui vient au nom du Seigneur. » A chacun de nous de se dire : si je suis capable de penser cette phrase en toute sincérité et en toute soumission, si elle exprime un élan de tout mon être vers le Roi que désormais j’accepte, je me suis, à cette seconde même, détourné de mes péchés et j’ai reçu en moi Jésus-Christ. A chacun de nous de se dire : Il sera là pour me guider, me soutenir dans les moments difficiles, m’aider à me relever lorsque je tomberai, car je reste un être humain, avec toutes ses faiblesses.

Le Christ entend régner sur moi, comme sur le monde. Et parfois, on se dit que l’on voudrait changer le monde : le rendre plus humain, plus juste, plus chrétien, quoi. Mais la seule chose que je puis réellement changer dans ce monde, c’est moi-même. Qu’il soit donc bienvenu et béni, celui qui vient à moi. Et que vienne et soit béni le règne du Père et du Fils et du Saint Esprit.



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