Dimanche de Thomas – 2016 Jn 20, 19-31

Lorsque nous avons quitté l’église, dimanche dernier, en ce petit matin de Pâques, nous étions dans la joie. Nous étions portés par l’allégresse, éblouis par la lumière et fascinés par ces portes ouvertes de l’iconostase qui nous faisaient penser que le royaume de Dieu était vraiment inauguré.

Mais, peut-être, les petits événements de la vie ont-ils déjà grignoté durant toute cette semaine notre ardeur pascale. Et voilà qu’aujourd’hui, les portes sont fermées et l’évangile du jour nous renvoie tout droit à nos propres doutes, à nos propres peurs.

Combien de fois, en effet, n’avons-nous pas perdu notre sérénité, ne nous sommes-nous pas énervés, n’avons-nous pas, nous-mêmes, fermé les portes de nos cœurs par peur des autres ?

Ainsi, nous sommes-là, comme les disciples qui se sont cloîtrés par crainte des Juifs. Et, comme il est venu parmi eux, Jésus peut entrer aussi dans notre cœur, malgré notre propre enfermement.

Sans doute que la première chose que Jésus nous dirait, comme il l’a fait en apparaissant au milieu de ses disciples c’est : la paix soit avec vous !
C’est la première conséquence de la victoire du Christ sur la mort : la paix, la paix retrouvée avec Dieu, avec soi-même et avec les autres.

La paix soit avec vous ! Cette parole du Seigneur contraste avec l’attitude des disciples, comme souvent avec la nôtre. Les disciples se sont enfermés à l’abri de l’hostilité des juifs et ils vivent dans la crainte, comme nous, dans une attitude de méfiance vis-à-vis des autres. Par contre, la parole du Ressuscité résonne comme un cri de triomphe, et comme une libération ; elle est une invitation à la joie et à la reconnaissance.

C’est ainsi que la puissance de la résurrection du Christ vient à bout de tous nos enfermements, de toutes nos peurs et de toutes nos craintes ! Elle triomphe de tout ce qui, en nous, s’oppose au règne du Christ, au règne de l’amour et de la lumière. Aucune porte, aucun obstacle n’est trop difficile pour la puissance du Christ qui triomphe de tout mal.

Bien sûr, pour les disciples, les apparitions du Seigneur ressuscité manifestent l’intention du Christ de consolider leur foi. Après avoir vu le tombeau vide, ce sont les apparitions du Seigneur qui vont fonder vraiment de façon définitive la foi des disciples en la divinité de Jésus-Christ, et en son œuvre de rédemption.

Mais tout cela ne serait pas possible sans la grâce et sans la force de l’Esprit saint. L’apparition de Jésus, les paroles de Jésus, le souffle de Jésus sont, pour les disciples, une véritable Pentecôte : « Recevez l’Esprit saint » qui va, désormais, accomplir et actualiser l’œuvre du Christ.

C’est donc portés par cette force que les disciples sont envoyés par le Christ afin d’être ses témoins, et c’est sur ce témoignage des Apôtres que repose précisément notre foi.

Mais nous sommes comme Thomas : nous ne croyons pas ce que les Apôtres nous disent. Ou bien, si nous y croyons, nous y ajoutons toujours un « mais » ou bien un « et si » ou un « peut-être ».

Mais Jésus connaît bien nos doutes, comme il connaissait celui de Thomas c’est ainsi qu’il a tenu compte de sa difficulté de croire, qu’il a pris au sérieux ses doutes, tout en le poussant à les surmonter, et à vivre par la foi, et non pas par ce qu’il voit.

« Heureux ceux qui n’ont pas vu, et qui ont cru ! » dit Jésus. Mais Jésus sait bien aussi que la foi ne va pas forcément de soi, et qu’il s’agit d’un combat de tous les jours, et que tous n’ont pas forcément la même facilité, la même spontanéité pour ce qui est des choses de la foi. La foi n’est-elle pas d’abord un refus ? Le refus de laisser le doute s’installer en nous ?

C’est le refus de l’incrédulité, parce que c’est le refus de la mort, et des ténèbres dans laquelle l’incrédulité et le doute veulent nous envelopper. C’est le refus aussi de placer l’homme et sa raison au centre de l’univers, pour reconnaître le règne de Dieu sur toutes choses. C’est le refus du découragement et de la résignation face au mal et au non-sens apparent de ce monde et de l’existence, marquée par la souffrance et la mort. La foi, c’est dire « oui » à la vie, et non à la mort et à tout ce qui nous asservit ici bas.
 
Avec Thomas, disons : « Mon Seigneur et mon Dieu » ! C’est là le triomphe de la foi qui me conduit à tout miser sur le Christ, sur sa résurrection d’entre les morts, parce qu’il n’y a pas d’autre bonne nouvelle en ce monde, parce que la bonne nouvelle de la résurrection du Christ marque la victoire de la vie sur la mort, et c’est notre foi en la résurrection du Christ qui nous donne aujourd’hui de partager, prendre part à cette victoire, en nous rendant à la vie, et en faisant de nous des hommes et des femmes nouveaux. « La victoire qui triomphe du monde, c’est notre foi » dira l’apôtre Jean dans sa première épître.

Ainsi, la joie de Pâques fait place à une nouvelle espérance : celle qui – curieusement – naît de nos peurs, de nos doutes, de nos faiblesses. Parce que c’est dans nos faiblesses que peut se révéler la grâce du Seigneur. Que cela remplisse votre cœur d’une joie nouvelle et rende plus ardent encore votre amour pour lui … et pour les autres.

Une joie qui s’exprime en juste quelques mots, mais les mots les plus essentiels : XB



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