2e dimanche après Pentecôte – 2016 _ Mt, 4, 18-23

André, Simon-Pierre, Jacques et Jean sont des pêcheurs. Au temps de Jésus, avec sans doute les bergers, c’étaient les métiers les plus modestes et ceux qui les exerçaient étaient loin d’être ce qu’on appellerait aujourd’hui « des intellectuels ». Pourtant c’est à eux que Jésus va se révéler à Bethléem, c’est eux qu’il appelle. C’est eux, André, Simon-Pierre, Jacques et Jean, qui vont devenir les premiers disciples, quatre parmi les douze, des apôtres. Il leur dit simplement : « venez à ma suite » et ils le suivent. Il leur dit aussi : « je ferai de vous des pêcheurs d’hommes ». Qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire pour eux ?
Lorsqu’ils pêchent du poisson, c’est pour la mort. Ils rejettent ceux qui sont impropres à la consommation ou interdits par la loi, les autres finiront sur les marchés et dans ce qui sert d’assiette. Ce n’est que plus tard qu’ils apprendront que les pêcheurs d’hommes qu’ils vont devenir sont en quelque sorte des pêcheurs pour la vie, la vie éternelle, la vie en Christ.
Ce n’est que plus tard que Jésus reprendra cette image : « Le Royaume des cieux ressemble encore à un filet qu’on a jeté dans le lac et qui attrape toutes sortes de poissons. Quand il est plein, les pêcheurs le tirent au bord de l’eau, puis s’asseyent pour trier les poissons : ils mettent les bons dans des paniers et rejettent ceux qui ne valent rien. » Une image qui rappelle les brebis et les boucs du jugement dernier.
D’une certaine façon, c’est nous, aujourd’hui, qui sommes – ou qui pouvons être – des pêcheurs d’hommes. Qui pouvons être appelés aussi, car, à côté d’André, Simon-Pierre, Jacques et Jean, et ceux qui vont les rejoindre, il y a – et il y aura – tous ceux qui ont suivi ou qui vont suivre le Christ, vivre de son enseignement transmis par les saints Évangiles comme Jésus le faisait dans les synagogues, « proclamant la bonne nouvelle du royaume », tandis que ses miracles « guérissant le peuple de toute maladie et de toute infirmité » étaient là pour confirmer sa parole.
Mais il ne faut pas se méprendre. Si nous sommes appelés à être des pêcheurs d’hommes, si notre témoignage, notre discours, notre vie peut-être, interpelle, attire certains de ceux qui font notre connaissance, ce n’est pas à nous de dire : viens et suis-moi. Nous ne ferions qu’appliquer la démarche des sectes, notre parole ne peut être que celle de Philippe à Nathanaël : « viens et vois ».
Car pour nous, il ne s’agit pas de faire en sorte que ceux à qui nous parlons se mettent à suivre des rites, à respecter des traditions ou même à prier de telle ou telle façon, même de devenir orthodoxe, mais bien de porter témoignage du Royaume, de partager l’espérance et la liberté des enfants de Dieu, de partager et surtout de vivre la Parole du Seigneur.
C’est ce qu’ont fait, parfois en le payant de leur vie, tous ceux que nous célébrons aujourd’hui : tous les saints qui ont illuminé la terre russe. Au-delà de nos traditions, même de certains de nos rituels, c’est de leur propre vie, c’est de leur piété surtout que nous sommes les héritiers. Et cet héritage, il nous est confié au travers de ces événements dramatiques ou simplement humains qu’ils ont vécus dans l’immigration ou dans la recherche d’une vie meilleure.
Ce qu’ils nous ont transmis, c’est leur fidélité à l’orthodoxie. Oh ! Certes, parfois un peu trop polluée par les superstitions ou les rituels peu importants, mais ce qu’ils nous ont transmis, c’est cette foi enracinée profondément, cette foi qui influence toute la vie et qui, parfois, leur fait se demander : mais comment peut-on être orthodoxe quand on n’est pas né orthodoxe. Comment père Guy peut-il être devenu orthodoxe ?
Tout simplement parce que ce témoignage d’une foi agissante, d’une liturgie source de vie, d’une Parole sauvegardée dans sa vérité et sa force, peuvent donner des fruits qui dépassent notre entendement. (Je vous dirai, même le mien). D’une église orthodoxe qui, comme le dit le communiqué final du saint et grand concile qui vient de se tenir en Crète, « transmet le témoignage de l’Évangile de la charité et de la liberté, tout en offrant à l’ensemble du monde habité les dons de Dieu : l’amour, la paix, la justice, la réconciliation, le pouvoir de la Croix et de la Résurrection et l’attente de l’éternité. »



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