13e dimanche après Pentecôte – 2016 - 1 Co, 16, 13-24 – Mt 21, 33-42

La première lecture que nous avons entendue est un extrait d’une lettre de l’apôtre Paul aux Corinthiens. Ce qui deviendra l’Eglise est en train de se mettre en place, de s’organiser. A Corinthe, l’apôtre a baptisé une famille : Stéphanas et les siens. Ils se sont, dit-il, « rangés d’eux-mêmes au service des saints. »

Avant d’aller plus loin, arrêtons-nous un moment à ce mot : les saints ; un mot qu’il faut évidemment comprendre autrement qu’on l’entend aujourd’hui. En effet, dans ce temps apostolique, personne n’avait été canonisé, béatifié. Tout simplement, on nommait « les saints » ceux qui avaient choisi de s’engager dans le christianisme, qui avaient été baptisés. Un sens que l’on retrouve, notamment, dans l’exclamation du prêtre juste avant la communion : « les saints dons aux saints » à quoi le chœur répond d’ailleurs : « un seul est saint, un seul Seigneur, Jésus Christ … »

On pourrait donc adapter en langage actuel, que ce Stéphanas et les siens se sont rangés volontairement au service de l’Eglise. C’est un choix qu’ils ont fait, librement, un choix qui les engage dans la foi. Ils sont sans doute les premiers baptisés de Corinthe et donc ils y animent la première communauté : une famille qui réunit des voisins, des amis, autour de ce message qui commence à se répandre, de cette Bonne Nouvelle qui est proclamée à travers le monde.

Je le disais, ce qui deviendra l’Eglise est en train de se mettre en place, de s’organiser. Et elle s’organise autour d’hommes et de femmes. Les gens se rendent visite, s’envoient des salutations. Des relations se nouent, des relations humaines qui vont former un tissu, un réseau que l’apôtre commence à structurer un peu : « à votre tour, dit-il aux autres, rangez-vous sous de tels hommes et sous quiconque travaille et peine avec eux. »
Bien sûr, il n’est pas encore question d’évêques ni de prêtres, mais d’une sorte de hiérarchie, de structure. En tout cas, comme on le dirait aussi maintenant, il y a des leaders.

Mais sans doute l’objectif est-il moins de structurer que d’affermir la conviction : « demeurez fermes dans la foi » dit saint Paul. Une foi dont le moteur premier est la charité parce qu’une conduite, pour être authentiquement chrétienne, ne peut que s’inspirer de la charité d’où découlent toutes les autres vertus. Une foi dont la pierre angulaire, la clé de voûte, c’est-à-dire en même temps le centre et le support est le Christ.

« La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle » dit l’évangéliste Matthieu citant le psaume 117 dans la parabole des vignerons homicides ; une parabole messianique : le maître de la vigne, c’est Dieu, la vigne, c’est Israël, les serviteurs sont les prophètes et les mauvais vignerons, ce sont les chefs du peuple, les récalcitrants, les infidèles, quant au fils, c’est bien sûr Jésus lui-même, Fils de Dieu.

Jésus-Christ qui est donc celui autour de qui se réunissent et s’organisent les premières communautés chrétiennes, tout comme il est – et doit rester en dehors de toute autre considération – celui autour duquel doivent vivre nos communautés. Des communautés animées de ce sentiment qui doit en être le moteur premier et qui est la charité. Des communautés pour qui l’exhortation de saint Paul garde tout son sens : « restez fermes dans la foi. » Malgré les difficultés, les aléas, les tensions parfois.

Mais la vie d’une communauté ne dépend pas seulement du dynamisme ou du charisme de ses leaders : c’est aussi l’affaire de tous. Que chacun y prenne sa part. Il y a des tâches sans grand éclat, des services que l’on pourrait appeler domestiques : ici, par exemple, préparer le café, assurer le service de table comme celui de l’autel, nettoyer les lampes ou l’église. Il y a l’accueil, le moment qu’on peut consacrer aux autres …
Chacun peut y trouver son rôle et c’est seulement si chacun – comme je le disais – y prend sa part, dans un esprit de charité, que notre paroisse vivra vraiment en communauté chrétienne.

Et puisque le Seigneur a bien voulu, malgré mon indignité et mes faiblesses, faire de moi votre prêtre, je voudrais faire miennes les dernières paroles de l’apôtre : « La grâce du Seigneur Jésus soit avec vous ! Je vous aime tous dans le Christ Jésus. »



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