17e DIMANCHE APRES PENTECOTE 2016 - Mt XV, 21-28

Paroisse St Nicolas - Bruxelles (De Mot)
 
La femme est Cananéenne. Elle est de cette population autochtone et païenne de cette partie de la Phénicie où se trouve Jésus.

On est loin de la Galilée, plus encore de la Judée. Mais cela ne veut pas dire que la femme n’a pas entendu parler de Jésus : les commerçants qui vont de région en région colportent autant les nouvelles que leurs marchandises. Mais comment ont-ils pu le présenter ? Comme un prophète ? Un guérisseur. Sans doute, ce qui les a frappé le plus, ce sont ses miracles.

C’est pourquoi, sans doute, la femme poursuit littéralement Jésus : « Ma fille, dit-elle, est tourmentée par un démon ». Tourmenté par un démon ou possédé d’un esprit impur, ce sont des expressions fréquentes dans l’Evangile pour désigner une force mauvaise à laquelle on attribuait certaines maladies.
Donc sa fille est malade et elle demande à Jésus de la guérir.

Mais il ne répond pas un mot.
C’est dur.

Quoi ?
Voilà une femme éplorée, une mère de famille qui vient demander la santé pour sa fille, et Jésus ne fait même pas attention à elle. Et quand ses disciples lui disent : renvoie-la, fais lui grâce, qu’elle nous laisse tranquilles, Jésus répond : je ne suis pas venu pour des gens comme elle, mais pour les enfants perdus d’Israël .

Vraiment, ce doit être dur pour une maman dont l’enfant souffre, d’entendre un pareil message.

Et ce n’est pas la première fois que l’on rapporte, dans l’Evangile, une telle réaction de Jésus. Même avec sa propre mère.
Rappelez-vous. C’était à Cana, à la noce. Marie lui dit : « ils n’ont plus de vin » et Jésus la rembarre tout aussi durement : « Que me veux-tu femme ? Mon heure n’est pas encore venue ».

Et que fait Marie ? Elle se tourne vers les servants et leur dit : « Quoiqu’il vous dise, faites-le ». Quelle confiance !

La Cananéenne aussi a confiance. Elle insiste encore. « Seigneur, viens à mon secours ».

D’une certaine manière, on peut dire que Marie anticipe à Cana sur le temps du Seigneur et que la Cananéenne anticipe sur l’annonce de la Bonne nouvelle aux autres qu’aux Juifs comme le fera Saint Paul.
Mais surtout, dans les deux cas, il y a une démarche qui doit encore aujourd’hui nous interpeller : celle de la confiance, de la confiance dans la foi.

Ecoutons ce dialogue.
Jésus dit : « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants pour le jeter aux petits chiens » comme dans un autre verset de l’Evangile de Matthieu, (Mt VII, 8) il dit : « Ne donnez pas aux chiens ce qui est sacré » comme nous, nous disons avant la communion : « Je ne révélerai pas le secret à tes ennemis ».

Et que répond la femme ? « C’est vrai » (dans certains cas on traduit par « de grâce ») « justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres ».
Pour cela, les chiens approchent humblement de la table, à leur manière, ils partagent le repas, comme le pauvre Lazare - qui sera sauvé - à la table du riche, comme plus tard, les Gentils écouteront les maîtres, les disciples, pour partager l’annonce de la Bonne nouvelle avant de partager avec eux le pain et le vin de l’eucharistie.
A sa manière, la Cananéenne reconnaît ainsi l’universalité du message et l’accès possible pour tous au salut. « Femme, ta foi est grande » répond Jésus.
C’est par cet acte de foi qu’elle obtient la guérison de sa fille, comme la foi de Marie avait fait que Jésus change l’eau en vin a Cana.

Je disais, dans les deux cas, il y a une démarche qui doit encore aujourd’hui nous interpeller : celle de la confiance, de la confiance dans la foi.

Parce que, nous aussi, il nous arrive souvent de nous adresser à Jésus, de prier Dieu, pour obtenir une grâce. La guérison d’un proche, sortir d’un mauvais pas, la réussite d’une affaire peut-être ... Nous demandons. Mais comment demandons-nous ? Nous adressons-nous au guérisseur ? Au faiseur de miracles ? A celui dont on imagine qu’il peut tout arranger d’un seul geste ? Ou à celui à qui nous avons confié notre vie ? On veut bien croire que Dieu peut tout mais a-t-on assez confiance pour lui dire : fais, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux, parce que tu sais, toi, ce qui est bon pour moi, pour mon âme, pour mon salut ? C’est là, bien souvent, que - si nous voulons voir vraiment les choses comme elles sont - nous pouvons mesurer les limites de notre foi.

Mais ces limites, Dieu les connaît. Et c’est pourtant d’un amour sans limite qu’ils nous aime. Il nous a aimé jusqu’à mourir pour nous.

« Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son fils unique pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle » dit saint Jean dans cet Evangile de l’avant fête de l’Exaltation de la Croix. C’est là notre espérance. Et c’est dans cette espérance, plus forte que le peuvent être tous nos petits espoirs, que doit vivre notre foi. « Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. »



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