16e dimanche après Pentecôte – 2016 - Mt 25, 14-30

L’homme de la parabole confie ses biens à ses serviteurs « selon la capacité de chacun » précise l’évangéliste Matthieu. Comme le Christ a confié son bien à ses serviteurs – son bien, c’est sa Parole, son Évangile – en les appelant à des tâches, des engagements pour le faire fructifier,  « selon la capacité de chacun ».
Faire fructifier ce bien qui nous est aujourd’hui, à nous, confié, c’est porter le témoignage de sa parole, c’est proclamer l’Évangile. Pour cela, certains seront appelés à être prêtre, diacre, serviteurs  de l’autel, d’autres à se dévouer dans des centres de réfugiés ou des prisons, d’autres, simplement à rendre des services à l’église ou dans leur entourage. « On reconnaîtra que vous êtes mes disciples parce que vous vous aimez les uns les autres » disait Jésus. Je préciserais, pas seulement mon voisin orthodoxe mais aussi tous ceux que Dieu met sur notre chemin, ceux que l’Écriture appelle « notre prochain ».
Sur ce chemin spirituel, la première étape – et ce n’est pas la plus facile – est de savoir ce que Dieu veut de moi. En quoi – pour le dire en des termes théologiques – je peux œuvrer à la venue de son Royaume. Car le Seigneur ne nous enverra jamais un mail (je dirais plus volontiers un courriel) pour nous dire : fais ceci ou fais cela. Et ce qu’il attend de nous ne correspond pas nécessairement à ce que nous nous voudrions.
Évidemment, je ne parle pas ici de ces chrétiens sans doute pieux qui considèrent que, venir le dimanche à la liturgie, c’est déjà bien comme ça et qui ne se posent pas d’autre question. Cela dit, loin de moi de les juger moins encore de les condamner : leur prière, leur présence compte peut-être autant pour Dieu que l’engagement d’un autre qui serait plus poussé par ses propres désirs, ses propres considérations.
C’est pour cela que cette première étape est difficile. Je me souviens, lorsque j’allais à Paris pour rencontrer ceux qui étaient mes pères spirituels, à l’époque, sur le chemin de l’orthodoxie, je m’entendais répéter inlassablement : « il faut abandonner la volonté propre » autrement dit, se mettre sans a priori,  même sans projet, dans les mains du Seigneur pour s’ouvrir à ce qui est Sa volonté.
Mais c’est là que l’on retrouve aussi notre péché habituel : l’orgueil. Malheureusement, mais c’est humain, l’Église connaît des carriéristes, des apparatchiks, des gens qui veulent absolument être évêque – généralement ça ne leur suffit pas – archevêques, métropolites … Et qui y parviennent. C’est là aussi la responsabilité que donne la liberté que Dieu laisse à l’homme. Mais on peut être un bon prêtre et un mauvais évêque, un don diacre et un mauvais prêtre … Ce que développait un livre qui fût célèbre à une certaine époque et qui disait que chacun a tendance à vouloir dépasser son niveau d’incompétence.
La deuxième étape, c’est de s’atteler à la tâche qui nous est confiée. Et là, nous nous sentons parfois dépassés. C’est là qu’il faut faire confiance au Seigneur, prier pour lui demander qu’il nous donne la force de faire ce qu’il attend de nous. Et oser. Oser comme les serviteurs qui ont placé l’argent pour le faire fructifier, oser comme ceux qui ont proclamé l’Évangile jusqu’à y laisser leur vie.
Celui qui enterre son talent panique. « Ne craignez rien, n’ayez pas peur », ce n’est pas pour rien que l’on retrouve ces paroles de Jésus dans différentes circonstances, adressées à différentes personnes.
En Christ, il n’y a pas de crainte. La peur est une arme du démon, comme le doute.
Enfin, le Fils de Dieu ne s’est pas incarné pour  nous donner un enseignement, une Parole, une Vie nouvelle, simplement pour notre bien-être personnel. C’est cela aussi enterrer son talent : le garder pour soi. C’est cela, être un « serviteur inutile ».
Abandonner notre volonté propre pour, ensuite, la mettre au service de Dieu selon sa volonté. Prier le Seigneur pour qu’il nous donne la force, l’intelligence et les moyens de répondre à son appel, un appel qui est personnel, car c’est bien  à chacun d’entre nous qu’il s’adresse. Voilà un beau programme pour notre vie de chrétien, non ? Alors peut-être nous entendrons-nous dire, à la fin de notre passage sur terre : « entre dans la joie de ton maître ».



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