Aveugle-né – 2015 – Jean 9, 1-38

Paroisse St Nicolas - rue De Mot - Bruxelles

« Et qui est-il, qui est ce fils de Dieu pour que je croie en lui ? » demande l’aveugle de naissance. Il a recouvré la vue, mais il ne voit pas encore. Pourtant, en l’entendant parler aux Pharisiens, on pouvait se dire qu’il avait tout compris. En fait, il ne faisait que deviner, comme on peut apercevoir une silhouette dans la pâle lueur du petit matin et penser reconnaître un ami. S’il vous dit « c’est moi » alors, plus de doute.
 L’ancien aveugle ne doute pas non plus quand Jésus lui dit « c’est moi ». Il le reconnaît. Ce ne sont pas ses yeux qui le reconnaissent : en fait, il ne l’a jamais vu puisqu’il était toujours aveugle quand Jésus l’avait envoyé à la piscine de Siloé, peut-être la voix … mais certainement le cœur.
 Oui, le cœur comme celui des pèlerins d’Emmaüs qui se disaient après avoir cheminé avec Jésus ressuscité : « comment ne l’avions-nous pas reconnu alors qu’une chaleur nous réchauffait le cœur quand il nous parlait ».
 Comment ne pas le reconnaître ? Mais nous, nous passons notre vie à ne pas le reconnaître. Pourtant, il est là comme notre lumière. Mais nous tirons les rideaux, nous fermons les volets, nous enfermons notre cœur et Jésus a beau intervenir, passer dans notre vie, nous guérir peut-être de notre cécité, à force de refuser de voir, nous restons aveugles.
 Mais nous aimons qu’on nous raconte des histoires. Et celle-ci est particulièrement riche. C’est vraiment une leçon spirituelle, on pourrait dire une sorte de raccourci de l’ancien et du nouveau testament. Le récit que fait saint Jean de cette guérison est un exemple magnifique de ces paroles qui renvoient à des autres, on pourrait dire une histoire « à clés ». En voici quelques-unes, mais je suis sûr que vous en aurez repéré au passage.
 D’abord, la façon dont s’y prend Jésus pour guérir cet aveugle et qui renvoie directement à la Genèse et à la création de l’homme par Dieu qui prend du limon pour façonner sa créature.

 Ensuite, Jésus envoie l’aveugle à la piscine de Siloe, il va se laver. L’eau. Le baptême. Pour l’aveugle, recouvrer la vue est comme une nouvelle naissance. « A moins de naître d’eau et d’Esprit, nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. » dira Jésus à Nicodème.
 Et c’est bien de cette naissance qu’il s’agit pour l’aveugle dont le témoignage devant les Pharisiens est éloquent, alors que rien ne dit qu’il était un tant soit peu intelligent. Mais cela rappelle d’autres paroles de Jésus, à ses disciples cette fois :   « Vous serez traduits devant des gouverneurs et des rois, à cause de moi, pour rendre témoignage en face d’eux et des païens. Mais, lorsqu’on vous livrera, ne cherchez pas avec inquiétude comment parler ou que dire : ce que vous aurez à dire vous sera donné sur le moment, car ce n’est pas vous qui parlerez, mais l’Esprit de votre Père parlera en vous. ».
 Enfin, cette idée que Jésus est la lumière du monde. Il le dit ou le redit comme il l’avait fait aux Pharisiens alors qu’il venait de rendre la liberté à une femme adultère : « Je suis la lumière du monde. Qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais aura la lumière de la vie. ». Cette vie, c’est la fin ultime de sa mission de Messie.
 Le Messie qui reste la lumière du monde. Ou encore, une lumière pour le monde. On pourrait dire – même si la formule est un peu facile par rapport à l’évangile d’aujourd’hui – celui qui ouvre les yeux.
 Les nôtres aussi ? Parce qu’il ne suffit pas de décoder un évangile, de trouver des clés. Bien sûr, c’est intéressant mais ça peut être tout juste un plaisir intellectuel si nous ne faisons pas nôtre le message. Et celui qui m’apparaît aujourd’hui, c’est que pour que les yeux de l’aveugle s’ouvrent vraiment, il a fallu une rencontre, un face-à-face.
 Nous aussi, il a dû nous arriver de vivre un face-à-face. Oh ! Pas comme l’aveugle, évidemment, nous n’avons pas vu Jésus, comme un homme, en face de nous. Mais avons-nous été capables, au moins une fois dans notre vie  de voir Jésus dans un homme, de voir Jésus dans une femme, dans son regard, dans son cœur ? Or c’est cela, être chrétien, c’est voir le Christ dans chacun de nos frères, dans chacune de nos sœurs.
 Mais nous savons aussi qu’on ne peut pas voir Dieu sans mourir. Mourir à quelque chose, mourir à une certaine vie, mourir à son égoïsme, mourir à son orgueil. Et on a peur de mourir. C’est pourtant cela la vie chrétienne, c’est mourir sans cesse pour renaître à nouveau. Sans cesse recouvrer la vue pour retrouver la lumière. Mais il y a plus.
 Nous avons, nous aussi, à être lumière. Lumière du monde et sel de la terre. Sans chercher à éblouir les autres. Jésus a redonné vie et confiance à l’aveugle de naissance. Cet homme a pu puiser dans ses ressources pour témoigner sa gloire à Dieu, sous le souffle de l’Esprit-Saint.. Ainsi, chacun a des ressources intérieures, des richesses personnelles qui ne demandent qu’à être développées, exploitées, mises au service du Seigneur.

 Alors, nous serons capables de montrer à ceux et celles qui vivent une période sombre, suffisamment de lumière pour qu’ils puissent voir en eux-mêmes leurs richesses, les dons de Dieu. Entrevoir peut-être la lueur d’un espoir. Ainsi, celui qui ne voit plus de lumière retrouvera non seulement la vue, mais reprendra goût à la vie.

 De la boue émerge la vie, comme du tombeau jaillira l’éternelle. XB !



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