7e dimanche après la Pentecôte - 2014 Mt 9 – 27-35
Au monastère de Bussy-en-Othe

On pourrait dire qu’il y a trois éléments dans ce récit que nous venons d’entendre : la guérison des deux aveugles, celle du possédé muet et l’attitude des Pharisiens et de la foule.
 


La foule acclame les merveilles dont elle est témoin. Les deux aveugles recouvrent la vue mais l’attitude des Pharisiens les aveugle. On  pourrait déjà résumer cela en une formule : la foi qui ouvre les yeux, le choix qui ferme les yeux. Le possédé muet est libéré et retrouve la parole. La foule rend grâce à Dieu, les Pharisiens profèrent des accusations. 

Jésus est en chemin. Deux aveugles le suivent. Ils sont persévérants, ils insistent. Ils crient sans cesse : «  Aie pitié de nous, Fils de David ! » Voilà une extraordinaire confession de leur foi que Jésus est le Christ, le Messie, celui promis par l’Ancien Testament. Mais ce n’est qu’arrivé « à la maison » que Jésus se laisse aborder. A la maison. Peu importe l’endroit. En tout cas, ils ne sont plus dehors, dans le monde, parmi la foule. Comme dans d’autres récits où on nous dit que Jésus a emmené à l’écart celui qu’il voulait guérir. Parce que, sans doute, c’est dans une certaine intimité que la rencontre – essentielle – entre Jésus et ces hommes, entre Dieu et l’homme, entre le Christ et nous, que cette rencontre peut vraiment avoir lieu. 

Et puis, on sait aussi que Jésus a longtemps voulu éviter qu’on proclame qu’il était le Messie. Peut-être qu’il voulait éviter les idées fausses, les fausses attentes, éviter que les gens comprennent mal, ou ne comprennent pas du tout, le vrai rôle de Jésus, la réalité de sa mission. Il n’est pas venu en libérateur du joug romain, mais en libérateur de l’esclavage du péché.  

Etait-ce pour éviter ces malentendus ou bien peut-être pour mettre encore un peu à l’épreuve la persévérance et la foi des deux aveugles ? On sait très bien qu’on a tendance à accorder peu de valeur à ce qu’on obtient trop facilement. 

Quand on doit déployer de l’énergie pour essayer d’obtenir quelque chose comme quand on doit mouiller sa chemise pour suivre Jésus, chacun des efforts que l’on fait rend plus profond notre attachement, notre volonté de croire en lui quels que soient les obstacles.  

Jusqu’à  pouvoir entendre la question de Jésus : «  croyez-vous que je puisse faire cela pour vous ? »  Et y répondre. Pas seulement par un oui. Y répondre dans une relation dynamique qui s’appuie sur sa force, à Lui, pour faire changer les choses. C’est cela, la réponse de la foi. La foi c’est le moteur premier de notre relation avec Dieu. Mais la foi c’est aussi ce geste d’un enfant qui demande avec confiance à son papa de déplacer la caisse à jouets, parce qu’il est fort mon papa et que, lui, l’enfant sait bien qu’il ne pourrait pas y arriver tout seul.  

La foi est la main de l’homme qui reçoit la grâce de la main de Dieu qui donne. Mais il faut que ces deux mains se rencontrent. 

Alors, Jésus dit aux aveugles : «  qu’il vous soit fait selon votre foi. » La foi de ces hommes leur a ouvert les yeux. Comme le démoniaque muet a retrouvé la parole. Mais la parole des Pharisiens, elle, témoignera de leur doute, de leur rejet, de leur choix qui les rend aveugles. 

Cela contraste aussi avec la réaction des foules : elles sont dans l’admiration. Mais on peut être admiratif de Jésus tout en ne l’accueillant pas : combien de gens ont admiré Jésus, sans que cela ne change rien à leur vie ! 

Et nous, sommes-nous des admirateurs ou des disciples de Jésus ? Que répondons-nous à la question de Jésus : « croyez-vous que je puisse faire cela » ? Pensons-nous vraiment qu’il peut changer notre vie ? Sans doute, comme ça, spontanément, allons-nous répondre oui. Mais nous, est-ce que nous le voulons, vraiment ? Sinon, elle aurait déjà changé, notre vie !  Et si notre prière était : « Seigneur, ouvre mon cœur à ta grâce, ouvre mes yeux à ta lumière et donne-moi de proclamer tes merveilles » ?



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